‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 137 sur 183 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

Vostre consentement ne luy desniera rien.

Mardesane.

C'est vostre sentiment, et ce n'est pas le mien; Non que je ne me sente et d'ame et de naissance Capables d'exercer cette illustre puissance ; Mais, quelque doux esclat qu'ayt un bandeau royal, Il ne me plairoit pas sur un front desloyal; L'Europe, si féconde en puissances supresmes, Offre au sang qui m'anime assez de diadesmes Pour périr noblement ou pour n'en manquer pas, Quand ils auront pour moy d'assez charmants appas. Mais faites tousjours fonds de vos intelligences, Pratiquez vos amis, préparez vos vengeances; Ouvrez-vous, faites-vous un party si puissant Qu'il fasse évanouir ce fantosme naissant, Ce pouvoir usurpé, ce règne imaginaire, Que vous n'excusez pas de l'amour d'une mère.

Syroés.

Puisque vous le voulez, il l'en faut excuser, Et dessus vostre foy j'ose m'en reposer; Mais (et de cet avis conservez la mémoire) Si m'ayant, sur ce gage, obligé de vous croire. De son ambition goustant mieux les appas. Vous vous laissez gaigner, ne me pardonnez pas; Et, pour bien establir l'heur qu'elle vous destine, Avant vostre fortune, asseurez ma ruine ; Ostez-vous tout obstacle, et de mon monument, A mon trosne usurpé faites un fondement; Lavez-le de mon sang avant que d'y paraistre; Sinon n'espérez pas estre longtemps mon maistre.

Mardesane, voyant Palmyras.

Il est bien mal aisé de vous dissuader !

COSROES.

Palmyras, qui me voit, n'oze vous aborder, Et comme vous, encor, m'impute sa disgrâce.

(// dit à Palmyras.) Entrez, je me retire, et vous cède la place ; Je vous suis importun.

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