‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 139 sur 183 · ACTE I, SCENE 111. 19Î · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE 111. 19Î

Qu'ay-je à délibérer après cette menace ! Quoy! Mardesane au trosne occupera ma place! Et l'orgueil de sa mère, abusant à mes yeux De l'esprit altéré d'un père furieux, Par l'insolent pouvoir que son crédit luy donne. Sur quel front luy plaira fera choir ma couronne ? Quel crime ou quel deffaut me peut-on reprocher Pour disposer du sceptre et pour me l'arracher? Ma mère, ma naissance, en estes-vous coupables? D'un sort si glorieux sommes-nous incapables? Veut-on, après vingt ans,jusques dans le tombeau Souiller une vertu dont l'éclat fut si beau ? Non, non, le temps, ma mère, avecques trop de gloire Laisse encor dans les cœurs vivre vostre mémoire; C'est un exemple illustre aux siècles à venir, Que la hayne respecte et ne sçauroit ternir. Mon crime est seulement l'orgueil d'une marastre Dont un fils est l'idole, un père l'idolastre; Et l'hymen, qui l'a mise au lit de Cosroés, D'un droit héréditaire exclud seul Syroés. Célestes protecteurs des puissances supresmes. Vous, dieux, qui présidés au sort des diadesmes, Souverains partisans des interests des roys, Soustenés aujourd'huy l'authorité des loix, Et, d'un tyran naissant destruisant l'insolence, Affermisses l'appuy d'un trosne qui balance.

Palmyras.

Mais soustenez-le, Prince, et prestez-y le bras: Le Ciel est inutile à qui ne s'ayde pas; Quand vous pouvez agir, épargnez le tonnerre; Avant l'ayde du Ciel, servez-vous de la terre; Usez de vos amis, de vous-mesme et du temps,

Page 1