ACTE IV. SCENE I. aSÎ
Gardés ces instruments d'une implacable hayne , Qui n'a plus de ressource, et que nous rendrons vaine , Si les dieux, ennemys de tels persécuteurs, Des interests des roys sont encor protecteurs ; O redoutable esprit, ô marastre cruelle ! Trop pieuse Narsée, et mère indigne d'elle !
Artanasde.
Non pas mère, Seigneur, et j'ay sur ce propos Un secret qui regarde encor vostre repos.
Syroés.
Quel secret, Artanasde? Esclairez-m'en, de grâce.
Artanasde.
Puisque le sort de Perse a pris une autre face, Sçachez un accident heureux pour vostre amour, Que plus de vingt soleils n'ont ozé mettre au jour. Et dont la vérité fera voir que Narsée Au party de Syra n'est point interressée.
Syroés.
O dieux !
Artanasde, Quand d'Abdenede, encor en son matin.
Une troisiesme course eut tranché le destin. Test après, de sa mort la tristesse bannie Feist penser Cosroés au sceptre d'Arménie; Il proposa d'armer, son dessein fut conclu ; De vous dire le reste il seroit superflu; Il suffit qu'un hymen joignit les deux couronnes, Et que l'âge, le rang et l'estat des personnes Treuverent en Syra tant de conformité Que l'hymen et la paix ne furent qu'un traité; Suffit qu'on sçait encor que dans vostre famille' La vefve de Sapor n'apporta qu'une fille
234 COSROÉS.
En sa plus tendre enfance, et dont les jouis naissants A peine avoient veu poindre et remplir six croissants ; Et qu'enfin nostre bonne ou mauvaise advanture Au soucy de ma sœur commist sa nourriture. Mais, ce cher gage à peine en sa garde receu (Et voicy du secret ce qui n'estoit pas sceu), D'une convulsion l'atteinte inopinée De cette jeune fleur trancha la destinée; Pour lors à Palmyras le sort m'avoit donné Où ma sœur m'abordant d'un visage estonné : « Ha, mon frère, en quel lieu (me dy-t'elle avec peine) Me mettray-je à couvert du courroux de la reine? Helas! Narsée est morte, elle vient d'expirer. » Là, Palmyras, entrant et l'oyant souspirer, N'a pas si-tost appris le mal qui la possède Qu'à l'instant de ce mal il treuve le remède ; Et, se voyant pour lors une fille au berceau : « Esprouvez-nous, dit-il, si son sort sera beau. Laissons faire le temps, et voyons l'advanture D'un jeu de la fortune avecques la nature; Narsée et Sydaris se ressembloient si fort Qu'outre que leur visage avoit bien du rapport, La ressemblance encor et du poil et de l'âge, Par bon-heur, répondoit à celle du visage. » Pour achever, enfin, le soing de Sydaris Sous le nom de Narsée à ma sœur fut commis; Palmyras, d'autre part, sous le nom de sa fille, Inhumant la princesse, abusa sa famille. Et voit en ce jeune astre éclatter des appas Dont vingt ans ont fait croire et pleurer le trépas.
Syroés.
O dieux ! si ce rapport n'abuse mon oreille ,