ACTE IV, SCENE I
Qu'ay-je à vous demander après cette merveille! Le reproche estoit juste, aux bouches de la cour, Que le sang de Syra m'eust donné de l'amour; Et son aversion, pour moy si naturelle, Ne me pouvoit souffrir d'aymer rien qui vînt d'elle ; Mon cœur estoit trop bon pour en estre surpris; Dans mon aveuglement, il ne s'est point mespris; Il n'a rien fait de lasche, et, contre ma pensée, N'aimoit rien de Syra quand il aimoit Narrée. Mais, sur ce seul rapport, te puis-je adjouster foy ?
Artanasde.
Si les respects qu'on doit aux oreilles du roy , Si la sincérité d'une ame assez loyale Pour avoir tant vescu dans la maison royale; Si la foy de ma sœur, celle de Paimyras, Qui d'un injuste joug retire vos Estats; Si m'estre désisté du party de la reyne , Dont, loing d'exécuter, j'ay détesté la haine; Et si ma vie, enfin, que j'oze bazarder. Ne suffisent, grand prince, à vous persuader. Sur ce débile corps esprouvez les tortures, Vous n'en tirerez pas des veritez plus pures; Quinze lustres et plus ont deu prouver ma foy.
Syroés.
Quelles grâces, bons dieux ! et quel heur je vous doy ! Et toy, qui rends le calme à nostre amour flottante, Artanasde, tes biens passeront ton attente , Et feront envier l'esclat de ta maison; Allons, et garde-moy ce fer et ce poison.
2Î6 COSROÉS.