ACTE III, SCENE I. 4Î
Et dans ce sentiment taschois de reprimer Le mouvement secret qui me force à l'aimer; Je sçay vostre naissance et qu'en ce rang suprême, On ne vous peut prétendre à moins d'un diadème; Mais d'ailleurs son bonheur, à son mérite égal, Fait (comme par un charme aux libériez fatal) Presque de touts les cœurs des conquestes secrètes, Qui me rendoient suspect Testât que vous en faites; Jalouse, je tenois pour un tribut d'amour Le favorable accueil qu'a trouvé son retour, Et, quoy que tant d'honneur luy soit trop légitime, Ay creu qu'il procedoit d'ailleurs que de l'estime ; Mais, grâce à vos froideurs, mes vœux sont accomplis, Mes doutes résolus, mes maux ensevelis; J'oze mesme espérer que, par vostre assistance. Le roy, me permettant l'heur de cette alliance, Et perdant un espoir qui ne luy produit rien, Avecques mon repos rétablira le sien.
L'Infante.
Quoy qu'au choix d'un amant mon ame, irrésolue, Sur cette passion soit encor absolue.
Et que ce Dom Bernard, de qui les qualitez Triomphent (dites-vous) de tant de libériez, Quelques myrthes nouveaux qui luy couvrent la teste, N'ait pas sujet encor de vanter ma conqueste, Je ne puis toutesfois si tost déterminer Sur le consentement de vous l'abandonner; Et sur vostre créance, ou fausse ou légitime. Que Testât que j'en faits doive passer l'estime. Et le peu de respect que vous me faites voir, D'avoir eu du dessein où j'en pouvois avoir. Mon cœur, desja touché de ses vertus insignes.
Conçoit en sa faveur des sentiments si dignes Qu'avant que d'en résoudre et d'en rien ordonner, Avec plus de loisir je veux l'examiner; Qui peut faire d'un roy négliger le servage Se pourra bien treuver digne de mon hommage, Et m'est, autant qu'à vous, préférable à des rois. S'il est assez puissant pour me donner des loix. C'estoit manquer à vous d'adresse et de prudence Que de mettre à mes yeux vos feux en évidence, Sans sçavoir si mon cœur y pourroit consentir, Puis que si peu de cœurs s'en peuvent garantir. Vous avez deu sçavoir qu'à l'humeur de la femme, C'estoit persuader que defîendre une flamme; Et que la jalousie, et sur tout dans la cour, Est mère aussi souvent que fille de l'amour. Le temps me donnera l'advis que je dois prendre Sur ce que je vous doibs ou permettre ou defîendre; Cependant délivrez vostre esprit d'un tourment Qui luy pourroit durer peut-estre vainement.
[Elle s'en va, la regardant de costé.)