ACTE IV, SCENE IV
Le Roy.
Deux comtez leur seront des arres de ma grâce ; Mais je cherche, admirai, et ne vo}' point de ({uoy M'acquitter envers vous de ce que je vous doy.
D. Bernard.
Sans plus resvcr, Seigneur, ce penser vous acquitte, Que de Theur d'estre à vous dépend tout mon mérite ; Que c'est de vos bontez que je tiens tout mon bien, Que je suis aujourd'huy, qu'liyer je n'estois rien; Que mon destin sans vous n'a que l'éclat du verre , Et qu'ayant comme Dieu fait un homme de terre, Comme Dieu, quelque jour, vous le pourrés chasser Et de vostre présence et de vostre penser.
Le Roy.
Puissay-je à son courroux estre à jamais en butte, Et mon trône tomber le jour de vostre cheutte ! Je cognois ma foiblesse, et sçay que je ne puis Faire rien d'immortel, mortel comme je suis; Mais je mettray mon heur et ma gloire suprême A me faire un vassal plus puissant que moy-méme. Et voir, par l'union que produiront nos vœux. Douter à l'Arragon qui régnera des deux ; Puisque ma passion, après tant d'avantures, Comme vostre vertu doit estre sans mesures.
L'Infante, bas.
Sans moy je le croy pauvre avecques tant de bien, Et ne me donner pas, c'est ne luy donner rien.
Leonor, bas.
Ses bienfaits sont trop peu pour son mérite extrême, S'il ne luy fait encor un présent de moy-mesme.
( Tous s'en vont, le Koy conduit Leonor, et D. Bernard l'Infante.)