ACTE V, SCENE V. 8i
Dont il auroit touché les cœurs les plus farouches,
N'a pu dans vostre sein treuver le cœur d'un roy,
N'ayant pu vous résoudre à rien faire pour moy ;
J'aydonc lieu de tenter si la voix ordinaire
N'y rencontrera point un cœur plus débonnaire;
La vertu rebutée, après tant de mespris,
Sans ternir son éclat peut demander son prix.
Je pourrois (il est vray) passer pour téméraire
Si je vous proposois une vertu vulgaire,
Mais la mienne est célèbre, et peu, sans vanité ,
Ont fait ce que j'ay fait pour Vostre Majesté :
Et j'aprends toutefois, pour tout fruict de mon zèle,
Que vous me soupçonnez du titre d'infîdele!
Moy traistre ! moy perfide ! En quoy, roy d'Arragon,
D'une tache si noire ay-je souillé mon nom.
Et mérité de vous l'injuste violence
Qui veut l'ensevelir dans la nuict du silence?
Que veut cet homme , ô Ciel !
D. LoPE.
Homme, oùy, sans me flatter, C'est une qualité dont je me puis vanter : Ouy, Seigneur, je suis homme, et quelquefoisplusqu'homme. Quand je crois trop Tardeur qui pour vous me consomme. Et quand, dans les dangers où l'on me voit courir. Je crois estre immortel et ne pouvoir périr.
L'Infante.
Jugez quel embarras me causoit sa rencontre.
D, LoPE.
Juste Ciel !
Le Roy.
Est-il fol ?
82 dom bernard de cabrere
L'Infante.
Son geste vous le monstre.
D. LoPE, s' approchant du Koy.
Mon mauvais sort, grand roy
Le Roy, se retirant.
Passe , que me veux-tu ?
D. LoPE.
A quelle épreuve, ô Cieux, mettez-vous ma vertu!
\Au Roy.) Si de l'abord des rois le mérite est indigne...
Le Roy.
Gardes, mettez-le hors! ô la folie insigne !
Premier Garde, le tirant par les espaules. Tost dehors.
O mon cœur! ô mes bras indomptez !
Vous m'avez procuré de belles qualitez.
Pour avoir si bien fait nostre fortune est grande. Quand on sert on est sage, et fol quand on demande.