ACTE V, SCENE VI
Comme je le régis, m'a tousjours gouverné;
Y régnant, j'ay suivy les loix qu'il m'a données,
J'ay dans ses interests mes passions bornées ;
Je les espousois seuls; mais aujourd'huy l'amour,
Plus absolu que luy, veut régner à son tour.
11 ne peut plus souffrir qu'en l'ardeur qui me presse,
I! contraigne son maistre au choix de sa maistresse ,
Et, disposant de moy, fasse d'un potentat
Moins un prince en effet qu'un serf de son Estât;
En cette passion l'interest de Cabrere,
Seul préférable au mien, pourroit m'estre contraire ;
A quoy que Leonor me réduise aujourd'huy.
Ses mespris me plairoient, ses vœux estants pour luy,
Et mon respect iroit jusqu'à la déférence
De pouvoir, en amour, souffrir sa préférence.
L'Infante.
Ha! vous pouvez, Seigneur, eslever un vassal Au rang d'un favory, mais non pas d'un rival; Si ce respect en vous treuvoit tant de foiblesse, S'il estoit si puissant prés de vostre maistresse, A quel point son pouvoir ne s'estendroit-il pas Et dessus vos sujets et dessus vos Estats?
Le Roy.
Dedans les sentiments que sa vertu m'inspire, Luy pouvant aussi bien déposer mon empire Que la prétention d'un object amoureux, Je voudrois couronner son front comme ses yeux. Sondons de qui son cœur recognoist la puissance, Pour m'en faire une loy d'espoir ou de deffence.
L'Infante, le suivant.
Enfant père des arts, ingénieux tourment, Fay régner ma rivale et m'acquiers mon amant.