ACTE I, SCENE 1. loî
Vostre valeur, enfin, n'agueves si vantée,
Dans vos folles amours languit comme enchantée,
Et, par cette langueur, dedans tous les esprits
Efface son estime et s'acquiert des mespris;
Et je voy toutefois qu'un heur inconcevable,
Malgré tous ces defîauts, vous rend encor aimable.
Et que vostre bon astre, en ces mesmes esprits.
Souffre ensemble pour vous l'amour et le mespris;
Par le secret pouvoir d'un charme que j'ignore,
Quoy qu'on vous mésestime, on vous chérit encore;
Vicieux on vous craint, mais vous plaises heureux,
Et pour vous l'on confond le murmure et les vœux.
Ha ! mérités, mon fils, que cette amour vous dure,
Pour conserver les vœux estoufîez le murmure,
Et régnez dans les cœurs par un sort dépendant
Plus de vostre vertu que de vostre ascendant ;
Par elle rendez-vous digne d'un diadesme ;
Né pour donner des loix, commencés par vous-mesme ,
Et que vos passions, ces rebelles sujets,
De cette noble ardeur soient les premiers objets;
Par ce genre de règne il faut mériter l'autre.
Par ce degré, mon fils, mon trosne sera vostre;
Mes Estats, mes subjets, tout fleschira souz vous.
Et, sujet de vous seul, vous régnerez sur tous;
Mais si, tousjours vous-même et toujours serf du vice.
Vous ne prenés des loix que de vostre caprice.
Et si, pour encourir vostre indignation.
Il ne faut qu'avoir part en mon affection;
Si vostre humeur hautaine, enfin, ne considère
Ny les profonds respects dont le duc vous révère,
Ny l'estroite amitié dont l'Infant vous chérit,
Ny la sousmission d'un peuple qui vous rit ,
Ny d'un père et d'un roy le conseil salutaire; Lors, pour estre tout roy, je ne seray plus père, Et, vous abandonnant à la rigueur des loix, Au mépris de mon sang je rnaintiendray mes droits.
Ladislas.
Encor que de ma part tout vous choque et vous blesse , En quelque estonnement que ce discours me laisse, Je tire au moins ce fruit de mon attention D'avoir sceu vous complaire en cette occasion. Et, sur chacun des points qui semblent me confondre, J'ay dequoy me deffendre etdequoy vous respondre , Si j'obtiens.à mon tour et l'oreille et le cœur.
Le Roy.
Parlés, je gaigneray vaincu plus que vainqueur. Je garde encor pour vous les sentiments d'un père : Convainqués-moy d'erreur, elle me sera chère.
Ladislas.
Au retour de la chasse, hier, assisté des miens. Le carnage du cerf se préparant aux chiens. Tombés sur le discours des interests des princes, Nous en vinsmes sur l'art de régir les provinces, Où, chacun à son gré forgeant des potentats, Chacun selon son sens gouvernant vos Estats, Et presque aucun advis ne se treuvant conforme, L'un prise vostre règne, un autre le reforme; Il treuve ses censeurs comme ses partisans; Mais, généralement, chacun plaint vos vieux ans. Moy (sans m'imaginer vous faire aucune injure) Je coulay mes advis dans ce libre murmure. Et, mon sein à ma voix s'ozant trop confier. Ce discours m'eschapa, je ne puis le nier: « Comment, dis-je, mon père, accablé de tant d'âge