ACTE II, SCENE I
Et qui, n'ayant pour but que ses salles plaisirs, En mon seul deshonneur bornoit tous ses désirs. En quelque objet qu'il soit à toute la province, Je ne regarde en luy ny monarque ny prince, Et ne voy, sous l'esclat dont il est revestu, Que de traistres appas qu'il tend à ma vertu. Après ses sentimens, à mon honneur sinistres, L'essay de ses présents, l'elTort de ses ministres, Ses plaintes, ses escrits, et la corruption De ceux qu'il crût pouvoir servir sa passion, Ces moyens vicieux aidans mal sa poursuite, Aux vertueux enfin son amour est réduite, Et, pour venir à bout de mon honnesteté, Il met tout en usage, et crime et pieté; Mais en vain il consent que l'amour nous unisse C'est appeller l'honneur au secours de son vice; Puis, s'estant satisfait, on sçait qu'un souverain D'un hymen qui déplaist a le remède en main; Pour en rompre les nœuds et colorer ses crimes, L'Estat ne manque pas de plausibles maximes; Son infidélité suivroit de prés sa foy; Seul il se considère; il s'aime, et non pas moy.
Théodore.
Ses vœux, un peu bouillants, vous font beaucoup d'ombrage.
Cassandre.
Il vaut mieux faillir moins et craindre davantage.
Théodore.
La fortune vous rit, et ne rit pas tousjours.
Cassandre.
Je crains son inconstance et ses courtes amours. Et puis, qu'est un palais, qu'une maison pompeuse Qu'à nostre ambition bastit cette trompeuse,
ii8 VENCESLAS.
Où l'ame dans les fers gémit à tout propos. Et ne rencontre pas le solide repos?
Théodore.
Je ne vous puis qu'offrir, après un diadesme.
Cassandre.
Vous me donnerez plus, me laissant à moj-mesme.
Théodore.
Seriez-vous moins à vous, ayant moins de rigueur?
N'appelleriez-vous rien la perte de mon coeur ?
Théodore.
Vous feriez un eschange, et non pas une perte.
Cassandre.
Et j'aurois cette injure impunément soufferte ! Et ce que vous nommés des vœux un peu boûillans, Ces desseins criminels, ces efforts insolents, Ces libres entretiens, ces messages infâmes, L'espérance du rapt dont il flattoit ses fiâmes, Et tant d'offres, enfin, dont il crût me toucher. Au sang de Cunisberg se pourroient reprocher?
Théodore.
Ils ont vostre vertu vainement combattue.
Cassandre.
On en pourroit douter si je m'en estois leuë , Et si, sous cet hymen me laissant asservir, Je luy donnois un bien qu'il m'a voulu ravir. Excusez ma douleur; je sçay, sage princesse, Quelles soubmissions je dois à Vostre Altesse; Mais au chois que mon cœur doit faire d'un espous. Si j'en croy mon honneur, je luy doy plus qu'à vous.