‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 132 sur 186 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Tous deux diferemment altèrent sa mémoire, L'un par sa nonchalance, et l'autre par sa gloire; Maximin, achevant tant de gestes guerriers. Semble au front de mon père en voler les lauriers; Et Constance, souffrant qu'un ennemy l'affronte, Dessus son mesme front en imprime la honte. Ainsi, ny dans son bon ny dans son mauvais choix D'un conseil raisonnable il n'a suivy les loix. Et, déterminant tout au gré de son caprice. N'en prévoit le succez ny craint le préjudice.

Camille.

Vous prenez trop l'allarme, et ce raisonnement N'est point à vostre crainte un juste fondement : Quand Diocletian éleva vostre mère Au degré le plus haut que l'univers révère. Son rang, qu'il partageoit, n'en devint point plus bas. Et, l'y faisant monter, il n'en décendit pas ; Il pût concilier son honneur et sa flâme. Et, choisy par les siens, se choisir une femme ; Quelques associez qui régnent avec luy. Il est de ses Estais le plus solide appuy; S'ils sont les matelots de cette grande flotte, Il en tient le timon, il en est le pilote. Et ne les associe à des emplois si hauts Que pour voir des Césars au rang de ses vassaux : Voyez comme un fantôme, un songe, une chimère, Vous fait mal expliquer les mouvemens d'un père, Et qu'un trouble importun vous naist mal à propos D'où doit si justement naistre vostre repos.

Valérie.

Je ne m'obstine point d'un efl"ort volontaire Contre tes sentimens en faveur de mon père ,

Et contre un père, enfin, l'enfant a toujours tort; Mais me répondras-tu des caprices du sort? Ce monarque insolent, à qui toute la terre Et tous ses souverains sont des jonets de verre, Prescrit-il son pouvoir, et, quand il en est las, Comme il les a formez, ne les brise-t'il pas? Peut-il pas, s'il me veut dans un estât vulgaire, Mettre la fille au poinct dont il tira la mère, Détruire ses faveurs par sa légèreté.

Et de mon songe, enfin, faire une vérité ? Il est vray que la mort contre son inconstance Aux grands cœurs, au besoin, offre son assistance Et peut toujours braver son pouvoir insolent; Mais, si c'est un remède, il est bien violent.

Camille.

La mort a trop d'horreur pour espérer en elle, Mais espérez au Ciel, qui vous a fait si belle, Et qui semble influer, avecque la beauté, Des marques de puissance et de prospérité.

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