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jeunes gens de son tcnips. Sa passion légendaire pour le jeu n'était sans doute pas la seule qui lui fît faire diversion à ses travaux poétiques, La manière dont il parle de l'amour dans ses vers fait présumer que cette passion a dû. jouer un certain rôle dans sa vie. On sait ce qu'était Vamour de ce temps-là, une galanterie très raffinée dans la forme et au fond très sensuelle. Les romans de chevalerie et les pastorales héroïques avaient mis à la mode un certain jargon amoureux, exalté et langoureux, dans lequel il était fort question de respect et de constance, ce qui n'engageait guère ceux qui en faisaient usage. L'amour volage avait aussi ses partisans qui ne s'en cachaient pas. Dans /'Agésilan de Colchos, Florizel, l'un des héros de la pièce, fait ainsi profession de changement perpétuel :
Quand un objet est beau, mes yeux en sont ravis,
Je me laisse attirer à de douces amorces,
El j'ai des passions égales à mes forces.
Mais cette ardeur s'éteint, et la seconde nuit
Je songe à mon repos : qui me charmoit me nuit.
Telle avec qui le soir je parlois de servage,
Et qui me paroissoit dessous un beau visage,
Connoit bien le matin que j'en suis rebuté.
Et le jour me retrouve avec la liberté.
Je trouve des enfers où j'ai vu des délices.
Le lieu de mes plaisirs m'est un lieu de supplices,
Et tant d'aversion me chasse de ce lieu,
Que même bien souvent j'oublie à dire adieu.
Yoila qui s'appelle parler assez crûment. Mais le dernier vers est bien joli; et il n'y a pas jusqu'à ce j'oublie
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à dire, comme on parlait alors ', qui n'ait sa grâce. Nous ne prétendons pas que Kotrou ait pratiqué l'amour à la façon d'un Florizel ; mais le bon Kotrou, ainsi que le bon La Fontaine, était peut-être volage en amour comme en vers. En tout cas il n aurait sans doute pas pu ni voulu dire de lui-même comme son ami Corneille :
En matière d'amour je suis fort inégal ; J'en écris assez bien, je le fais assez mal ; J'ai la plume féconde et la bouche stérile, Bon galant au théâtre et fort mauvais en ville.
Les bonnes occasions ne devaient pas lui manquer. En ce temps-là [on sait qu'il n'en est plus de même aujourd'hui), les dames de théâtre ne devaient pas être trop farouches, et, si l'on en croit Kotrou, elles se laissaient courtiser jusque sur la scène envahie par les beaux galants de la cour et de la ville-. Kotrou, tel qu'on se le représente à cette époque de jeunesse, en s'en rapportant au buste de Caffieri fait sur des documents authentiques y,
i. « J'oubliois à vous dire. » Scarron, Roman comique, 1. 1, p. 55, édit. Jouaust.
2. A la fin du troisième acte de Saint Genest, l'acteur saint Genest, qui représente cette pièce devant l'empereur, se plaint que le théâtre est envahi par les gens de la suite. Dioclétien lui répond :
De vos dames la jeune et courtoise beauté Vous attire toujours cette importunité.
3. Il s'agit de peintures prêtées par la famille à l'artiste sur la demande des comédiens français et par l'intermédiaire de M. Michel de Kotrou, maire de Montreuil, en 1779. Voir le Dictionnaire de Jal.
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était beau, et sa personne respirait cet air de galanterie héroïque qui plaît aux femmes et qui les conquiert. Une sorte de mollesse élégante se mêle dans ce marbre d'une beauté si expressive à une mélancolique fierté.
Kotrouse maria en 1640^ le (^juillet. Il épousa Marguerite Le Camus, fille d'un habitant de Mantes, qui lui donna trois enfants, un fils et deux filles ' . Ce fut sans doute à cette époque qu'il fut appelé à changer son titre d*avocat au parlement contre la charge de lieutenant civil à Dreux. Il avait alors trente et un ans, un bon âge pour se ranger, pour vivre de la vie de famille et faire souche d'honnêtes gens. Depuis ce moment il habita dans sa ville natale, partagé entre ses devoirs et ses travaux, et ne vint plus à Paris que pour la représentation de ses pièces. Il s'excuse, dcms une de ses préfaces, des fautes d'impression qu'on peut trouver dans ses pièces sur ce qu'il est à seize lieues de l'imprimerie.
Corneille vivait de même à Kouen et ne se fixa à Paris que vers 1662. Kotrou le visitait-il quelquefois ou recevait-il lui-même sa visite ? Sans doute ils se voyaient de temps en temps, soit en Normandie, soit à Paris où ils pouvaient se rencontrer. Ils devisaient ensemble de leur art, tous deux Normands, tous deux avocats, tous deux poètes : l'un, galant, aventureux, sachant la vie, et, comme dit Sainte-Beuve, ayant plus fréquenté la taverne
I . Le fils, qui s'appelait Jean comme son père et son grandpère, entra dans l'Église et devint curé de Chêne près d'Evreux, De ses deux filles, l'une, Elisabeth, se fit religieuse, et l'autre resta célibataire. (Dictionnaire de Jal.)