XXX R O T R O U
Molière. Mais il me semble manquer de jugement, lorsqu'il soupçonne Molière d'avoir écrit son Amphitryon en vers libres afin de mieux déguiser ses plagiats, la pièce de Kotrou étant en alexandrins. C'est mal comprendrej je ne dirai pas seulement le caractère, mais le génie de Molière. On sait que l'auteur c/'Amphitryon ne se cachait pas de prendre son bien oii il le trouvait. Sif d'ailleurs, il a imité Kotrou, ce qui est incontestable, il faut avouer aussi qu'il l'abcaucoup corrigé, et même singulièrement transformé. Non que la pièce de Kotrou ne soit déjà une très bonne comédie, pleine de traits excellents, et digne du grand succès qu'elle obtint à son apparition; mais quoi! Molière est Molière, et /'Amphitryon est un de ses chefs-d'œuvre !
Il est intéressant de comparer entre eux ces deux ouvrages dont le second a fait oublier le premier. L'action se développe à peu près de la nicme manière dans les deux pièces, chose naturelle, puisque les auteurs suivent tous deux le niênu modèle : mêmes personnages, mênics scènes, et souvent mêmes traits comiques; mais comme toutj dans Molière, est plus vif, plus enlevé, plus saillant ! Par quelle magie ce qui fait seulement sourire dans LES Deux Sosies provoque-t-il dans /'Amphitryon un rire irrésistible? Tout est de même, et tout est différent. Le secret de cette différence est dans le mouvement, la mesure et la vie de la composition et du style de Molière. Molière n'a peut-être ni plus d'esprit ni plus d'imagination que Kotrou, mais il a plus d'entrain et plus d'art ; il ménage mieux ses effets. Là ou celui-ci jette au vent tout un carquois, l'autre ne lance qu'une