‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 17 sur 186 · R O T R O U XXXI · texte numérisé non relu

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flèche ; mais c'est une flèche d'Apollon, qui porte toujours. La différence s'accuse dès le prologue. Chacun des deux poètes a inventé le sien, mais quel contraste entre le long et ennuyeux monologue de Junon qui commence LES Deux Sosies, et le nwnologue aristophanesque de Mercure et de la Nuit par lequel s'ouvre si poétiquement et si gaiement /'Amphitryon !

Les Deux Pucelles sont données comme une imitation de Cervantes ' . De ces deux pucelles^ l'une avait cessé de l'être avant le commencement de la pièce ; l'autre l'est encore, mais bien malgré elle. Par quelle série d'aventures la première arrive à épouser l'homme qui avait déjà ravi ses faveurs, et la seconde trouve un mari sur lequel elle ne comptait pas, après avoir couru les champs, les bois, et être tombée tour à tour dans les mains des brigands et dans celles des archers, nous ne le raconterons pas. La poésie du style, jointe à la singularité des situations^ fait le mérite de cette pièce qui est, comme la précédente, de la même année que le Cid (i636). Dans Laure persécutée (1639), on entend comme un écho anticipé des grandes scènes de Venceslas. L'action s'engage avec une noble simplicité ; l'intérêt naît dès le début et se poursuit jusqu'à la fin en dépit d'un peu de froideur et de faiblesse dans certaines parties. L'intrigue peut paraître trop romanesque, mais elle donne lieu à des situations originales et à des développements poé-

1 . Cervantes était fort à la mode et fort exploité par les auteurs dramatiques pendant toute la première moitié du XVIie siècle.

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tiques qui en font excuser l'invraisemblance. Le dénouement présente une de ces scènes noblement ingénieuses qui sont dans le génie du drame espagnol et dont la Bague de l'oubli, imitée de Lope de Vega, nous a déjà offert un exemple. Uinfante de Pologne, venue pour épouser le fils du roi de Hongrie, déjà marié, à l'insu de son père, avec une autre femme, est prise pour juge par le jeune couple et prononce sans le savoir contre ellemême :

L'amour n'est point sujet au respect d'un parent; Il dépend de soi seul; cet enfant volontaire, Pour n'en point respecter, voulut naître sans père; Immortel, il possède un absolu pouvoir Et ne relève point de la loi du devoir.

On reconnaît ici les principes de la chevalerie poétique et romanesque. Le style, malgré les pointes et les concetti, malgré les allusions mythologiques avec lesquelles Kotrou semble jouer ', n'est pas seulement brillant et harmonieux ; on y rencontre en plus d'un endroit ces traits grands et solennels qui semblent propres au génie du poète. Uélévation s'y joint parfois à la simplicité. L'héro'îne de la pièce, qui ignorait sa naissance et se croyait de condition inférieure, apprend tout à coup

I. En voici un exemple. Le roi dit à un gentilhomme en parlant d'une femme :

Combats pour conquérir cette riche toison,

Et Octave répond :

Le zèle qui m'anime en sera le Jason.

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