‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 33 sur 186 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

Mais vos plus doux baisers auroient de l'amertume;

Baiser de mon païs l'injuste conquérant,

Caresser l'assassin de mon plus cher parant,

Et, sans que mes esprits incessamment s'altèrent,

Sentir entre mes bras les bras qui l'estoufferent;

Non, non, prières, pleurs, force ny cruauté.

Ne peuvent m'obliger à cette lascheté.

Hercule.

N'excite point, cruelle, un courroux légitime Qui ne distingueroit innocence ny crime, Et croj que me déplaire est le pire péché Dont jamais ton esprit pourroit estre taché. Quoy! toute chose cède à ma force indomptée, Les lyons les plus forts ne l'ont pas évitée, Et je ne pourrois pas amolir ta rigueur? Et je recognoistrois un si foible vainqueur? Je nourrirois sans fruict le brasier qui me brusle , Et l'on diroit : « lole a triomphé d'Hercule ! » Non, non, de ta beauté mon cœur sera le prix; Mais, cédant aux attraits, je vaincray les mespris.

lOLE.

Le plus fier ennemy, quelqu'ardeur qui l'enflame, Dompte mal-aisément ce qui dépend de l'ame; Un tyrannique empire et d'injustes efforts Ont sousmis à vos loix ce misérable corps. Mais, sous quelque tyran que ce captif respire. Un heureux desespoir en peut oster l'empire; Mourant, il peut franchir ceste barbare loy, Et, s'il ne s'aime pas, il est maistre de soy.

Hercule, à genoux.

Ha! voila rebuter d'un mespris trop severe Celuy qui t'aime seule et seule te révère !

îo HERCULE MOURANT.

Pardonne, belle lole, à mon affection

Geste mauvaise humeur et cette émotion;

Sois moy cruelle, ingratte, inhumaine, farouche,

L'amour peut arracher quelques mots de ma bouche,

Je puis bien d'injustice accuser tes appas.

Mais de t'outrager plus. Hercule ne peut pas.

Le Ciel dessus mon chef respande le supplice

Dont te peut menacer mon aveugle caprice.

Mon père en cet instant me voye avec horreur.

Et relance sur moy les coups de ma fureur.

lOLE.

Destournez donc ailleurs ceste flame lascive Et ne croyez avoir en moy qu'une captive. Puisque vos traittemens, ou rigoureux ou doux, Ny le temps qui peut tout, ne peuvent rien pour vous.

Hercule.

Je vaincray ta rigueur par d'invincibles armes, Hercule s'instruira de l'usage des larmes; Hercule en mesme temps sçaura vivre et mourir, Et s'oublîra soy-mesme afin de t'acquerir.

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