ACTE I, SCENE IV
Hercule.
O la femme importune I
Dejanire.
Adieu, ma compagnie Ne vous apporte pas une joye infinie; L'amour est avec vous^ et cet enfant honteux N'aime pas les tesmoins et se taist devant eux.
Il est vray, mais au moins voy devant ta sortie Quelle ame de ces yeux se seroit garantie? As-tu veu des vainqueurs plus dignes de régner, Et pourquoy la raison se deust moins espargner? Voy comme sans parler cette agréable bouche Appelle mes baisers et dit que je la touche! Voy que sur ce beau sein les lys à peine esclos Accusent cette main d'un stupide repos!
Voy si tu dois tenir ma deffaite douteuse Et si la continence icy n'est pas honteuse, Si je dois tant souffrir prés d'un si beau secours.
Dejanire, s'en allant.
Madame est plus charmante encor que vos discours.
Hercule.
Adieu, plains-toy, jalouse, et de cette advanture Accuse, si tu veux, le Ciel et la nature; Appelle lâcheté, foiblesse, trahison.
L'agréable tourment qui trouble ma raison; Je suis traistre, volage, inconstant, infidelle, Je suis ce qu'il te plaist, mais j'aime ceste belle. Hercule est glorieux de sa captivité, Et sous de si beaux fers il hait sa liberté.
lOLE.
D'où naist mal à propos cette inutile peine
Qui mettra parmy vous la discorde et la haine ?
Usez, brave lieros, de vostre authorité
Contre ces ennemis de vostre liberté.
Arrachez de ces mains les yeux qui vous captivent.
Laissez vous du repos à ceux qui vous en privent?
Perdez ce qui vous perd, pourquoy différer tant?
Ordonnez que je meure, et vous vivrez content.
Hercule.
Le temps et les devoirs rendent enfin traictable La plus farouche humeur et la plus indomptable.
lOLE.
Le temps et les devoirs, employez vainement, Joindroient à vos regrets la honte seulement.
Hercule.
Le plus ferme souvent manque à ce qu'il propose, Et la force au besoin m'obtiendra toute chose.
Iole.
Ma mort peut empescher ce honteux accident, Et le désespéré se sauve en se perdant.
Hercule.
Quel mal-heur m'a rendu ton humeur si severe?
Iole.
La perte d'OechalIe et la mort de mon père.
Hercule.
Ingrate, dy piustost la perte de ton cœur. Arcas te le ravit, Arcas en est vainqueur, Et la foy que je veux, ce captif l'a receuë. Mais appren en deux mots quelle en sera l'issue : Demain, si je n'obtiens la faveur que je veux. J'immole à mon courroux cet object de tes veux; Ce beau fils, ce mignon, ton ame et tes délices.