‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 4 sur 186 · XII ROTROU · texte numérisé non relu

XII ROTROU

Les plus belles vertus s'exercent sans mémoire : Elle donne des soins à votre seule gloire, Et jusqu'en nos pays fait passer vos attraits Pour le plus grand effort que le Ciel fit jamais.

Ces hyperboles madrigalesqiies nous semblent peu naturelles ; mais la situation ne l'est pas davantage. Kotrou travaillait au goût de son temps comme nos poètes contemporains travaillent au goût du nôtre. Ce qu'on applaudissait le plus alors est aujourd'hui ce qui nous plaît le moins, ce qui nous paraît fade ou baroque. Qui sait si la mode d'aujourd'hui ne passera pas à son tour ? qui peut dire ce qui restera, dans deux ou trois cents ans, de nos grands dramaturges, quand la chute de ce qu'ils ont de passager et de caduc aura réduit leur œuvre à sa partie immortelle^ Heureux ceux dont il restera alors ce qui reste aujourd'hui de Kotrou, un beau nom et deux ou trois beaux ouvrages !

Bien entendu, la reine est reconnue, elle épouse le roi qui s'éprend d'elle aussi subitement qu'il s'était épris de Kosélie. Kosélie épouse Alcandre, et tous deux sont récompensés de leur constance à toute épreuve. C'est ainsi que finissent les bons contes. Tout le monde est content, et le lecteur aussi.

Signalons dans cette pièce une allusion au roman de Cervantes. Le bouffon de la pièce dit en parlant d'un des amoureux de Kosélie :

Le plaisant Don Quichotte avec sa Dulcinée !

Kotrou avait lu Don Quichotte, ef il s'en souvenait à l'occasion. Il avait aussi lu le Satyricon, si l'on s'en

R O T R O U xm

rapporte au témoignage de Paris qui dit au roi de Hon^ grie en parlant de la reine Arthémise :

La reine dans Pétronne (sic) exerce ses désirs Pour rendre votre espoir moindre que vos plaisirs.

Néanmoins l'emploi singulier quassigne ici notre poète au Satyricon, paru pour la première fois à Venise deux ans. auparavant, dans l'éducation des jeunes fiancées, ne prouve pas absolument qu'il ait connu ce livre peu édifiant autrement que par la renommée.

Ce qui est certain, c'est qu'il ne se contentait pas de lire et d'imiter les poètes espagnols, mais qu'il étudiait aussi les latins, sinon les grecs. La preuve en est dans son imitation des Ménechmes de Plaute qui parut en i632. Il ne faut comparer cette comédie ni à la Comedy of ERRORS de Shakespeare, ni aux Ménechmes de Kegnard, qui, l'une et Vautre, sont des produits d'une veine originale se déployant en liberté sur un thème donné. L'œuvre de Kotrou n'est guère qu'une étude ; il y suit pas à pas son modèle, et c^st à peine s'il ose s'en écarter dans quelques détails. La principale différence entre la pièce de Plaute et celle de son imitateur français est dans le caractère d'Erotie; la galanterie française a passé par là; puis il fallait bien finir la coniédie par un mariage, ce qui obligeait l'auteur à faire d'Erotie une femme à

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