‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 5 sur 186 · XIV R O T R O U · texte numérisé non relu

XIV R O T R O U

peu près honnête, au lieu de la courtisane qui figure dans la pièce latine. A part ce sacrifice augoijit de son temps, Kotrou est entré de son mieux dans la peau de Plaute, et ce n'est pas sa faute s'il n'en a pas mieux attrapé la verve comique. Il en reste loin, il faut le dire. Ce nest pas que le ton de la pièce ne soit excellent, que le style n'y soit d'une allure souple et franche, et qu'il ne fasse par endroits souvenir de Kégnier et pressentir Molière ^ mais il y manque la vraie gaieté qui n'éclate et ne s'épanouit que dans l'œuvre spontanée et libre. Voici, du reste, deux échantillons. Un parasite dit au premier acte :

Les présens aujourd'hui sont partout adorés ; L'amour ne fait plus rien qu'avec des traits dorés, Et, de quelque beauté que la vertu se vante, L'or a bien plus d'effet sur le cœur d'une amante. Tout cède à son pouvoir : ce métal souverain A brisé les verrous de cent portes d'airain. Et le soleil jadis, pour gagner ses maîtresses, Leur montroit seulement l'or de ses blondes tresses. Les dons feront pour vous bien plus que je ne fais; Ils sont plus eloquens que je ne fus jamais; Et sur soi cette veuve a beaucoup de puissance. Si vous n'en obtenez une entière licence.

Ailleurs c'est la fenime d'un des Ménechmes qui se plaint de ses infidélités :

Que la loi de l'hymen est une loi sévère, Et qu'on est ennemi de son contentement, Lors qu'à sa tyrannie on prête le serment! Une femme promet d'endurer, de se taire, De renoncer à soi, de vivre solitaire,

ROTROU XV

Alors qu'elle promet de craindre son époux ; Une nuit seulement est ce qu'elle a de doux. Ses plaisirs sont finis aussitôt que la danse, Et la seconde nuit son veuvage commence. Depuis que son mari la tient en ses liens, 11 a bientôt repris ses chemins anciens; Il dédaigne bientôt sa grâce et son mérite Pour revoir Amarante, ou Philis, ou Carite, Et nous voyons bientôt notre bien consommé Par l'impudique ardeur dont il est enflammé.

Aux MÉNECHMES siiccède /'Hercule mourant . Cette fois Sénèque a servi de modèle. Lui-même avait imité Sophocle; mais Kotrou s'en tient au poète latin; son génie avait plus de penchant vers l'hyperbole et la déclaniation que vers une forme simple et pure comme celle qu'on admire dans les Trachiniennes. L'exagération des sentinunts est telle dcms /'Hercule mourant qu'ils n*ont presque plus rien de naturel. Hercule, qui pour obtenir les faveurs d'Iole^ sa captive, tantôt la supplie à genoux de lui accorder son cœur en dépit du meurtre de sa famille, tantôt la menace, si elle continue de lui résister, de mettre à mort Arcas qu'elle aime, Hercule est un héros étrange et un non moins étrange amant. On peut admettre à la rigueur qu'il demande à la jeune fille de travailler à sa tapisserie ; celui qui filait aux pieds d'une reine pouvait bien prendre l'aiguille des mains d'une belle esclave ; niais on sourit de le voir lui dire en parlant de son père qu'il a tué pour lui avoir refusé sa fille :

Parce que j'aimois trop, je fus un peu cruel,

et cette excuse à la fois brutale et doucereuse ne semble

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