‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 40 sur 186 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

DEJANIRE, lOLE, ARSIDÉS, LUSCINDE.

Dejanire.

Dieux ! quel sort inhumain, pour augmenter ma peine, Présente à mes regards cet object de ma haine?

lOLE.

Puis qu'à nos maux le Ciel refuse du secours, Vostre interest, Madame, est mon dernier recours. Destournez vostre affront, voila ceste captive

Qu'on est venu tirer de sa natale rive Aux despens de son bien et de tout son bon-heur, Et peut-estre aux despens mesme de son honneur. Puis qu'Alcide l'attaque avec tant de licence, Que vous seule pouvez embrasser ma deffence, Faites qu'Arcas et moy trouvions contre ses coups Un azile asseuré pour vous mesme et'pour nous. Rougissez de mon sang plustost que de mon crime, Ou que je sois l'object d'un courroux légitime; Puis que mes pleurs sont vains et mes cris superflus, Qu'il me voye en estât de ne luy plaire plus. Faites sa honte encor et son horreur plus grande, Vous mesme portez luy ce cœur qu'il me demande ; Forcez-le de rougir de sa desloyauté, Et je seray tenue à vostre cruauté.

Dejanire.

Tu crois par ces discours, impudente, effrontée. Prouver que vainement il t'ait sollicitée; Il te donne des vœux, il daigne de te voir, Et tu veux sur sa honte establir ton pouvoir; Tu ne partages pas ceste ardeur qui le brusle. Il te faut Jupin mesme, et c'est trop peu d'Hercule!

lOLE.

O Ciel! peux-tu souffrir les ennuis que je sens. Si tes yeux sont ouverts dessus les innocents?

Dejanire.

O l'innocente humeur! Ame double et traistresse, Tu portes sans orgueil le nom de sa maistresse. Et tu n'achetés pas d'un amour infiny L'honneur de voir ton sort à son destin uny ! Pour une indifférente Alcide se captive ! Il souffre des refus, et sa flame est oysive !

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