‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 41 sur 186 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

Ne joins plus, insolente, à l'impudicité Ces mespris orgueilleux et ceste vanité; Immole à ce brutal le plus beau de ton aage, Triomphe à mes despens de cet esprit volage, Voy ce iasche vainqueur à ton pouvoir sousmis; Mais ne me fay point voir au moins mes ennemis, Rends par eux seulement ta victoire certaine, Tous tes regards ensemble y suffiront à peine. Ton visage qu'il prise est horrible à mes yeux, J'appelle mes démons ce qu'il nomme ses dieux. Nous trouvons ton abord différemment funeste, Luy comme un doux poison et moy comme une peste. En ce qui m'espouvante il trouve des appas.

[Elle s'en veut aller.) loLE, pleurant et la retenant.

Madame !

Dejanire, s'en allant.

Arreste, infâme, et ne suy point mes pas! loLE, seule avec Arsidés.

O ciel! ô terre ! ô dieux ! quelle est mon infortune Que je serve d'object à leur plainte commune! Je déplais pour trop plaire, et, contre mon souhait, Je voy que l'un m'adore et que l'autre me hait. Leur haine et leur amour également m'outrage, L'une plaint son affront, l'autre plaint son servage. Tous deux sur mon honneur font un injuste effort; L'un le veut estouffer, et l'autre le croit mort. De ma perte dépend leur commune allégeance ; L'un prépare le crime, et l'autre la vengeance. lole, triste object et de haine et d'amour. Entre ces ennemis tu conserves le jour? Tu diffères la fin d'une vie importune

Et n'oses l'affranchir de mille morts par une ! Veux-tu point voir Arcas à tes yeux égorgé ? Attends-tu qu'en son sein le poignard soit plongé, Et qu'il soit le butin d'une aveugle puissance, Non pas pour ses forfaits, mais pour ton innocence? Mon honneur seulement causera son trespas, Et le crime qu'il fait, c'est que je n'en fais pas. Arcas, roy de mes vœux et de mes destinées, Agréable enchanteur de mes jeunes années, Qu'ay-je à délibérer en ce péril pressant? Visitons, Arsidés, cet esclave innocent.

Arsidés.

Si parmy ses ennuis on le peut recognoistre, Cet object de vos vœux paroist à la fenestre. Voila ce beau captif de tant d'yeux adoré. Comme dans ces prisons son teint s'est altéré î

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