‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 42 sur 186 · ACTE II, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV

lOLE.

Moy mesme.

Arc AS.

Advancés donc, agréable meurtrière.

A cet heureux dessein joindray-je la prière? Que vos beaux yeux soient las de me voir endurer. C'est prolonger ma mort que de la différer, Puisque j'ay commencé d'abandonner la vie Depuis qu'à mon espoir lole fut ravie.

Depuis que sous Alcide il languit abbatu, Et qu'un vice puissant tient titre de vertu. Un tyrannique empire, un grand meurtre, un beau crim.e, Une belle injustice establit son estime ; Toute la Thessalie en parle avec transport, Non parce qu'il fait bien, mais parce qu'il est fort, lole, tirez donc des mains de ce barbare Celuy qui vous aima d'une amitié si rare. Exécutez sur moy ce bien-heureux dessein, Je baiseray le fer qui m'ouvrira le sein. C'est ne me perdre pas que me sauver d'Alcide, Et c'est m'aimer beaucoup qu'estre mon homicide.

lOLE.

N'appelle, cher Arcas, dessein ny cruauté, Le mal-heureux effect d'une fausse beauté. Ce vainqueur insolent à sa brutale envie Veut demain immoler mon honneur ou ta vie ; Sçachant que pour toy seul je conserve ma foy, Il croit que ma vertu n'a point d'appuy que toy, Et qu'elle doit tomber aussi tost que mes larmes Quand tu rendras l'esprit sous l'effort de ses armes.

Arcas.

O quel est mon bonheur! qu'en ceste extrémité

Ma mort soit une preuve h vostre honnesteté ! Madame, qu'à l'instant de ceste fin sanglante, De fers ni de bourreaux votre œil ne s'espouvante. Apprenez par ma force à ne vous plaindre pas, Songez à ma constance, et non à mon trespas, Monstrez un grand courage en un mal-heur extrême. Et voyez mon tourment de mesme œil que moy mesme.

lOLE.

Non, jamais sur ton corps mes yeux ne pleureront, Et mes mains, cher Arcas, les en dispenseront. Alcide espère en vain, quelque effort qu'il propose, Et qui sçait bien mourir sçait vaincre toute chose. Adieu, si par ma mort ce tyran ne se rend Et si tu dois mourir, nomme lole en mourant. Là bas, si je t'ay pieu, mon ame bien plus belle Te rendra de ses vœux un conte si fidelle Que tu n'auras object ny plus cher, ny plus beau, Et que tu béniras mesme nostre bourreau.

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