SCENE IV
AGIS, DEJANIRE, LUSCINDE.
Agis.
Allez, courez, fuyez. Et quoy! Madame, ô dieux! Apres cet accident vous restez en ces lieux? Helas ! si quelque route en ce danger extrême Va plus loing que la terre et que l'Erebe même, Et dont Hercule encor n'ait aucun souvenir, Courez, c*est le chemin que vous devez tenir.
Dejanire.
O trop juste frayeur! ô sensible espouvante! Parle, quel accident menace une innocente?
Agis.
Ce glorieux héros, l'honneur de l'univers, La gloire et la terreur de ce siècle pervers. Qu'en la place du dieu qui lance le tonnerre Le destin des mortels avoit mis sur la terre...
Dejanire.
Et bien?
Agis.
Il ne vit plus.
Dejanire.
Comment! Hercule est mort?
Agis. Une heure ou moins de temps achèvera son sort. Il meurt par un poison dont la vertu funeste Aura bien tost esteint la vigueur qui luy reste.
Sa chemise cachoit ce poison dangereux
Dont une telle perte est l'efîect mal-heureux.
Il se voit consommer et n'a plus de courage
Que pour vostre ruine et pour servir sa rage.
Il court dans le palais, et, s'il atteint vos pas,
Tout le monde assemblé ne vous sauveroit pas.
Lychas, dont il a pris la chemise fatale,
Desja privé du jour, dans l'Erebe dévale.
Il pleure, il tonne, il peste, et ses cris furieux
Percent jusqu'aux enfers et montent jusqu'aux cieux.
Dejanire.
Hercule va quiter sa dépouille mortelle, Et tu consultes, lasche, après cette nouvelle' Hercule va mourir, et ce coulpable sein Ne peut former encor qu'un timide dessein! Que diffère mon bras, et que tarde une espée D'estre en ce lasche cœur jusqu'aux gardes trempée ? Geste main, ceste main a donné le poison. Le fils de Jupiter meurt par ma trahison; Ses yeux perdent le jour, et moy je le respire ; La main qui tuë Hercule espargne Dejanire. Toy, son père et son dieu, jette les yeux icy, Et, puisque tu peux tout, sois son vangeur aussi. Frappe ce lasche sein du trait de ton tonnerre Le plus fort que jamais tu dardes sur la terre. Et dont le pire monstre auroit esté vaincu, Si pour te soulager Alcide n'eust vescu. Lance dessus mon chef le mesme traict de foudre Dont de tant de geans tu fis si peu de poudre. Ou celuy qui causa le funeste accident D'un qui voulut du jour mener le char ardent. Mais que veux-je du Ciel? Quoy! la femme d'Hercule