ACTE V, SCENE I
Et fay que sur ma tombe Arcas rende l'esprit. »
A ces mots, le teint doux, l'œil gay, la face ouverte,
Il nous embrasse tous, et tous pleurent sa perte.
Il paroist seul content, et, riant de nos pleurs,
Entre dans ce bûcher comme en un lict de fleurs.
Jamais roy triomphant environné de palme
Ne parut en son char plus joyeux ny plus calme;
Son esprit toujours sain ne fut point altéré,
Mais presque en un moment son corps fut dévoré.
O resolution digne de son courage!
Philoctete.
La fumée aussi tost forme un espais nuage. Un tonnerre esclattant retentit dans les airs, Et le ciel s'entr'ouvrit au milieu des esclairs. Sa mère en ce tombeau fît enfermer sa cendre, Et montra pour sa perte un courage si tendre Qu'à voir ses actions tous les cœurs interdits Pleignoient également et la mère et le fils. Mais elle vient icy, voy qu'elle est affligée, Que son geste est confus, et comme elle est changée !