SCENE II
ALCMENE, PHILOCTETE, AGIS, LUSCINDE.
Alcmene, tirant un vase d'or du tombeau. Vous qui prenez des droicts sur les autres mortels. A qui nos kichetez eslevent des autels.
Petits dieux, méditez sur ce mal-heur extrême, Et redoutez du sort la puissance suprême. En ce vase chetif tout Hercule est enclos. Je puis en une main enfermer ce héros. Cecy fut la terreur de la terre et de l'onde, Et je porte celuy qui soustint tout le monde.
Agis.
Nos larmes de sa mort sont d'indignes effects, Honorons ses vertus et publions ses faicts; Faisons d'un beau trespas une belle mémoire, Et que nos laschetez n'altèrent point sa gloire.
Alcmene.
Je ne me plaindrois pas, ô barbare conseil! Je pourrois voir sans pleurs ce mal-heur sans pareil ! Que tarde mon trespas .î* que fera plus Alcmene Que plaindre et que nourrir une éternelle peine? Quelle vertu réside en ce débile sang?
Quel Hercule nouveau porteray-je en ce flanc? Quels titres glorieux flatteront ma pensée, Et de quel Jupiter serai-je caressée?
Monarque des Thebains, aimable et cher espoux. Qu'heureux fut ton trespas, et que ton sort fut doux ! Que la perte du jour estoit peu regrettable Au père qui laissoit un fils si redoutable, Et combien les enfers, qu'il avoit déconfits, Ont respecté le père à cause de son fils ! Quel sera mon azyle, en quel lieu de la terre Des rois qu'il a domptez puis-je éviter la guerre? Toy qui trouvas Alcmene agréable à tes yeux, Monarque souverain de la terre et des cieux, Comme a fait ma beauté, que ma douleur te touche. Recompense aujourd'huy les faveurs de ma couche;