ACTE V, SCENE !I
Fay-moy suivre ses pas, reûny nos esprits Et que de mes baisers ton foudre soit le prix.
Philoctete.
Pour rompre des tyrans les mortelles pratiques, Vous n'aurez seulement qu'à monstrer ses reliques : Elles rendront les cœurs et les bras engourdis. Et mettront la frayeur au sein des plus hardis.
Alcmene, à Philoctete.
Toy, dont il reconnut l'ardeur et le courage, A qui seul de ses traits il a laissé l'usage, Que tarde leur espreuve, et pourquoy n'as-tu pas Dessus sa tombe encor versé le sang d'Arcas? A ses mânes sacrez offre ce sacrifice ; Ta foy balance-t'elle en ce dernier office? Philoctete, tenant les traicts.
Je dois aveuglément respondre à son espoir; Mais combien mon esprit répugne à ce devoir!
Alcmene.
Quoy ! pour le fils d'un dieu tu plains une victime?
Philoctete.
Arcas m'importe peu, mais j'ignore son crime.
Alcmene.
Par les armes mon fîls fut maistre de son sort, Et la loy des vaincus le rend digne de mort.
Philoctete.
Mais ils sont innocens en une juste guerre ; Et que faisoit Arcas que deffendre sa terre ?
Alcmene.
Il soustint Euritée et sa desloyauté.
Philoctete.
lole estoit promise à sa fidélité.
68 HERCULE MOU Pv A NT.
Alcmene.
Le père fut coupable, et de ceste princesse Alcide avoit receu la première promesse.
Philoctete.
Mais en sa perfidie Arcas n'eut point de part.
Alcmene.
O que fait ma fureur de paroistre si tard ! Où sera craint Alcide, où brillera sa gloire^ Si desja ses amis trahissent sa mémoire? Lâche, ren ce présent.
Philoctete, se deffendant.
Madame !
Alcmene.
Non, ces traicts Pour ta profane main sont un trop digne faix. Et je veux de ma main immoler le coupable, Puisque tu ne tiens pas son arrest équitable.
Philoctete.
Il doit estre accomply puis qu'Afcide l'a fait, Et je n'ay pas dessein d'en différer l'effect ; Dequoy ne voudroit pas contenter son envie Celuy qui pour luy plaire immoleroit sa vie? Je respandrois mon sang au pied de son tombeau. Et ne voudrois un sort plus heureux nj plus beau. Son dessein a rendu ce devoir légitime : Qu'un de vos gens, Madame, ameine la victime.
Alcmene, à Agis.
Allez quérir Arcas, et qu'iole avec luy Vienne en ce lieu fatal partager nostre ennuy. Rêverez ce héros, fuyez, ombres profanes, Du glorieux rivage où reposent ses mânes. Changez, sombres forests, vos cyprès en lauriers.