‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 7 sur 186 · ROTROU XVII · texte numérisé non relu

ROTROU XVII

dans le temple est vraiment belle '. L'Hercule galant et un peu cruel des premiers actes s'est change en un pontife de l'ordre éternel qui prie pour la paix du nionde. Ce qui donne à cet hymne religieux une solennité de plus, c'est son contraste immédiat avec les tourments que va endurer Hercule empoisonné par la tunique teinte du sang de Nessus et la rage qui va s'emparer de lui. Malheureusenient la douleur fait perdre au héros toute dignité, et il mérite la remontrance que lui adresse Philoctète :

Jusqu'au dernier soupir ce grand cœur doit paroître; Soyez, soyez Hercule en finissant de l'être.

Egaré par la colère, non satisfait par la mort de Déjanire qui s'est tuée elle-mênu , il ordonne en mourant le supplice d'Arcas coupable de s'être fait aimer d'Iole ; et il faut, pour sauver le prisonnier défendu en vain par Philoctète, que le fils de Jupiter, purifié de ses passions par le feu du bûcher qui a dévoré son corps, descende en personne du ciel ou il vient de s'élever. Hercule, devenu immortel, bénit au dénoûmcnt l'union d'Arcas et d'Iole.

Kotrou fît paraître cette tragédie à vingt-trois ans. Il y avait alors trois ans que Mairet avait fait jouer sa

1 . L'idée de cette prière est empruntée à VHercules Œtseus. Rotrou a mis en action ce que Sénèque avait mis en récit. Mais combien la prière qu'il met dans la bouche d'Hercule est supérieure par l'élévation du sentiment religieux aux paroles banales que le poète la-ti-^ prête au fils de Jupiter!

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SoPHONiSBE^ cette première tragédie régulière. L^Hercule MOURANT II* est pas une tragédie classique ; Kotrou ne se convertissait pas sur Vexemple de Mairet et y quoi qu'en ait dit Voltaire '^ ce ne fut point Mairet qui ouvrit à Kotrou la véritable carrière. Toujours en quête de poésie, mais peu soucieux des règles, Kotrou, pour l'exécution comme pour le choix de ses sujets, s'abandonnait aux caprices de son imagination et de son goût et prenait indifféremment, soit dans l'antiquité, soit dans les temps modernes, soit dans la fable, soit dans le roman, ceux qui lui plaisaient pour les accommoder à la mode de son temps et au tempérament de son génie.

L'Hercule mourant est dédié au cardinal de Kichelicu. Cette dédicace a la fornie d'une ode dont quelques strophes rappellent la manière et le style de Malherbe, par exemple celle-ci:

Mais toi, grand démon de la France',

Autre soleil de notre temps,

Qui donnes d'un si beau printemps

Une si parfaite espérance,

Richelieu, rare effort des cieux,

Juste étonnement de ces lieux,

Si tu daignes prendre la peine

De jeter un regard sur moi,

Quel Apollon peut à ma veine

Etre plus Apollon que toi?

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