‹ Théatre choisi de L.-B. PicardChapitre 129 sur 426 · AGTB II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

AGTB II, SCÈNE III

mais, mon Dieu I moi qui n*y ai pas pensé, il faut que vous en soyez, ma petite voisine ; à votre âge on aime la danse. Ne vous inquiétez pas de votre toilette; une jeune personne, tout lui va : une rose dans les cheveux seulement, et vous serez charmante.

HADEMOISBLLE DELORtfE.

Ah ! madame, nous ne sommes pas en humeur de songer à nos plaisirs.

MADAME DURVILLR:.

Gomment donc 1 qu*avez-vous,je vous prie? Vous m'inquiétez; confiez-moi vos peines, ma chère

enfant. (En se regardant ù une glace.) Ah! le joIi

bonnet 1 mon Dieul le joli bonnet! j'en raffole.

MADEMOISELLE DELORME

Je venais exprès pour solliciter votre entremise.

MADAME DURVILLE

Tout ce que vous voudrez, ma chère voisine; vous savez combien je suis attachée de cœur à vous, à votre cher papa. Gomme elle est intéressante cette bonne petite! n'est-il pas vrai, Auguste?

AUGUSTE

Ah ! j'en étais bien sûr, ma tante, que vous ne seriez pas insensible à la situation de mademoiselle. Vous saurez que M. Delorme, par une complication de malheurs, se trouve dans le plus grand embarras.

MADAME DURVILLE

Ah! mon Dieu! mais c'est affreux ce que vous m'apprenez là !

MADEMOISELLE DELORME

Tous ses créanciers, touchés de son infortune, et convaincus de sa probité, lui ont accordé toutes les facilités qu'il a demandées. Il n'en est qu'un seul...

AUGUSTE

Oui, M. Durville, mon oncle, est seul resté inflexible.

MADAME DURVILLE

Mon mari!

AUGUSTE

D y a une sentence, une prise de corps.

MADEMOISELLE DELORME

Mon père a vainement essayé de l'attendrir.

133 DUHAUTGOURS.

MADAME DURVILLB.

C'est une barbarie 1

AUGUSTE

Mon oncle l'a repoussé.

MADEMOISELLE DELOBME.

Mon père a peut-être un peu trop de fierté. Il est décidé à ne plus tenter de nouveaux efforts. Il m'a défendu même de venir vous voir; j*ai profité de son absence pour hasarder une dernière démarche auprès de vous.

MADAME DURVILLB.

Et VOUS avez très bien fait, mon enfant.

MADEMOISELLE DELORME

Vous avez eu la bonté de me montrer quelque amitié.

AUGUSTE

Parlez pour M. Delorme à mon oncle.

MADEMOISELLE DELORME

Obtenez-nous du temps pour nous acquitter, quelques jours seulement.

MADAME DURVILLB.

Ecoutez, je ne me mêle jamais des affaires de mon mari. Il m'a fait signer ces jours-ci je ne sais quel acte, une séparation de biens je crois. Il fait ae moi tout ce qu'il veut; je n'y entends rien : mais ici c'est différent; c'est une affaire de procédés entre voisins, un acte de justice, une bonne action que je lui propose ; je lui parlerai, je vais lui parler.

AUGUSTE

Ah! ma tante, quelle reconnaissance ne vous devrai-je pas... ne vous devra pas mademoiselle?

MADEMOISELLE DELORME

Que j'ai bien fait, madame, de m'adresser à vous! Mais nous n'avons pas de temps à perdre.

MADAME DURVILLB.

Non, vraiment; tout notre monde ne peut tarder, et quand une fois le bal sera commencé, j'aurai tant d'occupations, tant d'embarras... il n'y aura pas moyen de lui parler. Le voici; vous allez voir comme je vais prendre vos intérêts.

MADEMOISELLE DELORME

Le voici. Je vous laisse.

ACT£ II, SCBNB lY. 133

MADAME DURVILLE

Eh! non, restez; je veux que vous soyez témoin de la chaleur avec laquelle je vous défendrai.

AUGUSTE

Restez, mademoiselle ; votre présence ne peut faire qu'un bon effet auprès de mon oncle.

MADEMOISELLE DELORME

Ah I mon Dieu I me voilà toute tremblante.

AUGUSTE

Songez que vos amis sont là pour vous rassurer...; ma tante et moi.

MADAME DUR VILLE

Oui, sans doute; laissez-moi faire, tout ira bien.

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