AGTB II, SCÈNE III
mais, mon Dieu I moi qui n*y ai pas pensé, il faut que vous en soyez, ma petite voisine ; à votre âge on aime la danse. Ne vous inquiétez pas de votre toilette; une jeune personne, tout lui va : une rose dans les cheveux seulement, et vous serez charmante.
HADEMOISBLLE DELORtfE.
Ah ! madame, nous ne sommes pas en humeur de songer à nos plaisirs.
MADAME DURVILLR:.
Gomment donc 1 qu*avez-vous,je vous prie? Vous m'inquiétez; confiez-moi vos peines, ma chère
enfant. (En se regardant ù une glace.) Ah! le joIi
bonnet 1 mon Dieul le joli bonnet! j'en raffole.
MADEMOISELLE DELORME
Je venais exprès pour solliciter votre entremise.
MADAME DURVILLE
Tout ce que vous voudrez, ma chère voisine; vous savez combien je suis attachée de cœur à vous, à votre cher papa. Gomme elle est intéressante cette bonne petite! n'est-il pas vrai, Auguste?
AUGUSTE
Ah ! j'en étais bien sûr, ma tante, que vous ne seriez pas insensible à la situation de mademoiselle. Vous saurez que M. Delorme, par une complication de malheurs, se trouve dans le plus grand embarras.
MADAME DURVILLE
Ah! mon Dieu! mais c'est affreux ce que vous m'apprenez là !
MADEMOISELLE DELORME
Tous ses créanciers, touchés de son infortune, et convaincus de sa probité, lui ont accordé toutes les facilités qu'il a demandées. Il n'en est qu'un seul...
AUGUSTE
Oui, M. Durville, mon oncle, est seul resté inflexible.
MADAME DURVILLE
Mon mari!
AUGUSTE
D y a une sentence, une prise de corps.
MADEMOISELLE DELORME
Mon père a vainement essayé de l'attendrir.
133 DUHAUTGOURS.
MADAME DURVILLB.
C'est une barbarie 1
AUGUSTE
Mon oncle l'a repoussé.
MADEMOISELLE DELOBME.
Mon père a peut-être un peu trop de fierté. Il est décidé à ne plus tenter de nouveaux efforts. Il m'a défendu même de venir vous voir; j*ai profité de son absence pour hasarder une dernière démarche auprès de vous.
MADAME DURVILLB.
Et VOUS avez très bien fait, mon enfant.
MADEMOISELLE DELORME
Vous avez eu la bonté de me montrer quelque amitié.
AUGUSTE
Parlez pour M. Delorme à mon oncle.
MADEMOISELLE DELORME
Obtenez-nous du temps pour nous acquitter, quelques jours seulement.
MADAME DURVILLB.
Ecoutez, je ne me mêle jamais des affaires de mon mari. Il m'a fait signer ces jours-ci je ne sais quel acte, une séparation de biens je crois. Il fait ae moi tout ce qu'il veut; je n'y entends rien : mais ici c'est différent; c'est une affaire de procédés entre voisins, un acte de justice, une bonne action que je lui propose ; je lui parlerai, je vais lui parler.
AUGUSTE
Ah! ma tante, quelle reconnaissance ne vous devrai-je pas... ne vous devra pas mademoiselle?
MADEMOISELLE DELORME
Que j'ai bien fait, madame, de m'adresser à vous! Mais nous n'avons pas de temps à perdre.
MADAME DURVILLB.
Non, vraiment; tout notre monde ne peut tarder, et quand une fois le bal sera commencé, j'aurai tant d'occupations, tant d'embarras... il n'y aura pas moyen de lui parler. Le voici; vous allez voir comme je vais prendre vos intérêts.
MADEMOISELLE DELORME
Le voici. Je vous laisse.
ACT£ II, SCBNB lY. 133
MADAME DURVILLE
Eh! non, restez; je veux que vous soyez témoin de la chaleur avec laquelle je vous défendrai.
AUGUSTE
Restez, mademoiselle ; votre présence ne peut faire qu'un bon effet auprès de mon oncle.
MADEMOISELLE DELORME
Ah I mon Dieu I me voilà toute tremblante.
AUGUSTE
Songez que vos amis sont là pour vous rassurer...; ma tante et moi.
MADAME DUR VILLE
Oui, sans doute; laissez-moi faire, tout ira bien.