‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 10 sur 442 · XIV NOTICE SUR LESSING · texte numérisé non relu

XIV NOTICE SUR LESSING

dain ou Arnolphe, haïssable avec Tartufe, honnête et charmante avec Elmire ou Henriette, grande enfin avec Alceste, malgré ses défauts. Encourageant le mérite inconnu, tantôt du jeune poète Cronegk, tantôt du jeune de Brawe, Lessing nous rappelle aussi Molière patronnant les débuts de Racine.

Cet amour du beau et de l'humanité, avec un génie critique des plus fortement trempés, voilà ce qui distingue par dessus tout Lessing. Par là il domine son époque et beaucoup de ceux qui l'ont suivi ; par là, il est le digne précurseur de ce noble Schiller qui traça les mâles caractères de Tell et de Posa. Mais cela ne suffit pas au piétisme allemand, qui aujourd'hui encore soutient que Lessing fut tout chrétien de pensée, ou du moins que ce ne fut pas un rationaliste au sens moderne. On verra au contraire, dans la Notice de M. de Barante sur Nathan, que d'autres lui ont reproché son incrédulité, on n'ose dire son scepticisme; car est-il sceptique celui qui affirme les plus nobles sentiments qui puissent honorer et élever un homme? Il nous semble que nul , tout droit d'appréciation réservé quant aux doctrines, ne saurait sans partialité, sans regrettables subtilités, dégager des œuvres théologiques de Lessing, et de Nathan le Sage, autre chose que le culte de l'humanité, de la tolérance universelle. N'est-il pas clair qu'en donnant le plus beau rôle au Juif dans cette œuvre capitale, le second au Sultan Sala din, et le troisième — moralement — au fougueux et ombrageu Templier, il avait l'idée bien arrêtée de réagir non-seulemen contre l'intolérance en général, mais contre la domination du christianisme? Prendre les hommes pour ce qu'ils furent est la première loi de l'histoire. Obligé de combattre ses adversaires sur le terrain de l'exégèse, Lessing les y suivit et sut les y battre avec leurs propres armes; mais ailleurs, il ne relève que de la philosophie pure.

La vie de Lessing ne fut-elle qu'une longue bataille, une guerre homérique avec une armée de théologiens, d'antiquaires et de littérateurs ? Si ce fut un renverseur d'idoles, comme on l'a dit, ce fut aussi et plus encore un créateur, par l'impulsion qu'il donna aux autres, par le stimulant et la liberté que reçurent de lui les forces vives de l'artet de la poésie. Il ne renversa pas seulement l'école surannée des Gottsched et tutti quanti, il ouvrit des voies nouvelles. Tous les hommes de génie de la fin du dix-

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