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huitième siècle, Goethe et Schiller en tête, l'ont reconnu pour leur chef et leur maître, malgré certaines réserves '. Sa postérité directe, son enfant, mourut; mais non sa postérité intellectuelle, ce cortège de grands hommes qu'il suscita. Si Henri Heine, après Mme de Staël, lui impute le débordement de prosaïsme qui sévit quelque temps après en Allemagne, on doit l'imputer bien plutôt au zèle inepte des plats imitateurs qui ne surent que copier et grossir certains traits de leur modèle sans en comprendre la haute pensée, et qui n'eurent surtout rien de sa hère vigueur. Ses vrais héritiers, les maîtres dont je viens de citer les deux plus illustres, en s'inspirant librement de lui, allèrent au contraire plus baut.
Une moitié de sa gloire est d'avoir émancipé la critique, et par la critique {'art lui-même. Le sous-litre du Laocoon indique son but: fixer les bornes respectives de la poésie et de la peinture, contrairement au fameux mot d'Horace: Utpictura poesis. AvecWinckelmann, cet autre maître de la critique d'art, Lessing fournit le vrai type de la bonne prose allemande.
Dans la Dramaturgie, désormais traduite fidèlement en français 2,nous voyons se dessiner un autre maître encore, le critique
4. Goethe, qui ne le connut jamais personnellement, professait la plus haute admiration pour lui, et défendait Emilie Galolti contre les préventions de Schiller. Schiller qui ne goûtait pas les drames de Lessing, avait une tout autre opinion du mérite supérieur de la Dramaturgie et du Lao:oon. Toujours est-il que l'originalité de la nouvelle école et de ses plus illustres chefs dut son développement à l'initiative de ce grand maître. Lni-même eut beau, dans les derniers temps de sa vie, en parler d'un ton chagrin (sauf en ce qui touche Herder etWieland), comme il désespérait du théâtre allemand en achevant sa Dramaturgie sur les ruines de l'entreprise de Hambourg ; il eut beau se moquer de Gœiz de Berltchingen qui lui donnait un heureux démenti (1 773), un an après la représentation de son Emilie Galolti, chercher noise à Werther... Avec ces oeuvres s'ouvrait un ère de rénovation pour l'Allemagne, et il l'avait préparée. Ce que fit Goethe pour la légende de Faust et le vieux roman de tienart, Lessing l'avait ébauché ou rêvé.
2. Trad. de M. E. do Suckau, revue et annotée par M. L. Crouslé, avec une Introduction de M. Alfred Mézières (Didier, 1869). Nous avons consulté avec autant de plaisir que de profit, sans partager toutes les opinions qui y sont exprimées, le remarquable ouvrage de M Crouslé : Lessing et le Goût français en Allemagne, la meilleure étude qui existe chez nous sur ce sujet. — La première partie traite de la oie et des œuvres de Lessing; la seconde, de son Théâtre et de ses théories dramatiques, dans lesquelles M. Crouslé fait avec un savoir, un tact et une impartialité rares, la part de l'animosité nationale et celle de la vérité, la
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de théâtre et le réformateur, qui mérite d'être toujours consulté.
Toutes ses pièces étaient écrites pour lasccne. Ce maître critique avait donc bien senti ce que vaut lavt'eau théâtre, et il avait trouvé un interprète digne de lui dans l'acteur Eckhof L
De ces œuvres dramatiques, les trois plus célèbres, reproduites dans ce volume, nous offrent l'écrivain créateur dans le développement complet de son génie. Nous n'avons rien négligé pour que la traduction en fût aussi exacte et aussi vivante que possible.
Un des grands caractères des écrits de Lessing est la netteté, ce vernis des maîtres, selon Vauvenargues. Aussi est-il facilement abordable, et peut-on juger d'emblée les grandes lignes de sa conception et de son style. Pour Nathan le Sage, toutefois, nous avons tenu à rapprocher ici divers jugements qui se rectifient et semblent se parfaire l'un par l'autre.
Aussi bien, est-ce Nathan qui demeure, quoi qu'on dise, et qui s'impose, avec une autorité sympathique et un prestige irrésistible, comme la vraie personnification de Lessing lui-même dans ses plus hautes et ses plus généreuses tendances.
« Entrez, il y a ici des dieux ! » ainsi parle la devise rappelée au frontispice de l'œuvre. Ces dieux , nous les connaissons : vérité, justice, fraternité du genre humain, tout ce que Lessing portait dans son cœur. Et l'on pourrait dire, après avoir lu : « Entrez, il y a ici des hommes ! »
Un homme, voilà ce que fut Lessing, et ce qui le distingue de ceux qui ont été nommés des génies de papier. Voilà ce qui le tua et ce qui le fera vivre. Et, chaque fois qu'on l'aborde, on est tenté de lui crier : « Faites-nous, ô Nathan, une conscience simple et grande comme la vôtre, et emmenez-nous dans vos caravanes, pour que nous en rapportions des trésors ! »
Félix Frank.
part des circonstances et celle du génie. On ira chercher là, sur le Théâtre de Lessing, en dehors de ses œuvres capi taies, des détails qui ne pouvaient trouver place ici.
4. C'est en 1756 que, passant par Hambourg, il y rencontra Eckhof avec qui il se lia étroitement. La Dramaturgie est pleine d'éloges pour ce grand artiste dont Lessing admirait l'art achevé, ainsi que le naturel exquis. 11 avait, paraît-il, le génie de l'accent et du geste, l'art des nuances et le feu qui entraîne tout.