‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 100 sur 442 · ACTE V, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VIII

nathan. — Et comment cela? — 0 mes enfants, mes enfants ! Le frère de ma fille n'est-il pas aussi mon enfant ? dès qu'il le veut ?

(Pendant que Nathan s'abandonne à leurs embrassements , Saladin surpris et agité s'approche de sa sœur.)

sàladin. — Que dis-tu, ma sœur?

sittah. — Je suis émue...

saladin. — Et moi, je frémis presque d'avance d'une émotion plus grande encore. Prépare-toi à la supporter de ton mieux.

sittah. — Que veux-tu dire ?

saladin. — Nathan, un mot, un seul mot. [Pendant que Nathan s'approche de lui, Sittah s'approche du frère et de la sœur pour leur témoigner tout son intérêt ; Nathan et Saladin se parlent à voix basse.) Écoute, écoute donc, Nathan. Ne disais-tu pas, tout-à-1' heure...

NATHAN. — Quoi?

saladin. — Que leur père n'était pas venu d'Allemagne, n'était point Allemand? Qu'était-il donc? d'où était-il?

nathan. — Il n'a jamais voulu me le confier. Je n'ai rien su de sa bouche.

saladin. — Et ce n'était pas un Franc? Il n'était pas de l'Occident?

nathan. — Oh! il m'a bien avoué que non. Il parlait de préférence le persan.

. saladin. — Le persan ? le persan ? Qu'en faut-il davantage? — C'est lui? c'était lui?

nathan. — Qui ?

saladin. — Mon frère ! cela est certain ! mon Assad t Ah ! très-certain !

nathan. — Puisque tu l'as toi-même deviné, prends-en l'assurance dans ce livre.

(Il lui donne le bréviaire.)

saladin, le parcourant avidement. — Son écriture! ah ! je la reconnais aussi!

nathan. — Ils n'en savent rien encore; c'est à toi seul qu'il appartient de leur apprendre ce que tu voudras.

saladin, tout en feuilletant le livre. — Moi, ne pas reconnaître les enfants de mon frère!... mes neveux... mes

enfants! No les pas reconnaître ! Moi ! — Te les laisser à toi! [Tout haut.) Ce sont eux! ce sont eux! Sittah, ce sont eux ! Tous deux sont les enfants de mon frère, du tien.

(Il court les embrasser.)

sittah, les embrassant aussi. — Qu'entends-je! Non, cela ne peut être autrement! Gela ne peut être autrement!

saladin, au templier. — Il faudra bien maintenant, il faudra bien, mauvaise tète, m'aimer un peu. (A Reclm.) Je suis à présent ce que j'avais voulu être, que tu le veuilles ou non.

sittah. — Moi aussi, et moi aussi!

saladin, au templier. — Mon fils ! mon Assadl fils de mon Assad !

le templier. — Moi, de tonsang?... Ainsi, ces songes dont on avait bercé mon enfance étaient donc plus que des songes.

(Il se jette à ses pieds.)

saladin le relève. — Voyez le méchant! il le savait, et il a pu vouloir que je devinsse son assassin ! — Attends1 !

(Ils s'embrassent de nouveau. — La toile tombe.)

1. « Les sentiments de Nathan à l'égard de toutes les religions positives, écrivait Lessing, ont de tout temps été les miens. Mais ce n'est pas ici le lieu de les justifier.... Je ne connais pas encore en Allemagne un lieu où ma pièce puisse, être maintenant représentée. Mais salut et bonheur au pays où elle sera représentée pour la première fois ! »

FIN DU CINQUIEME ET DERNIER ACTE

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