ACTE V, SCENE VIII
saladin. — Cela manquait encore. Chrétien, un soupçon si bas ne serait jamais sorti des lèvres de mon Assad. Bien, tu peux conlinuer.
nathan. — Pardonne-lui; je lui pardonne volontiers. Qui sait ce qu'à sa place, à son âge, nous aurions pensé? (// s'approche de lui avec amitié.) Il est naturel, chevalier, que le soupçon suive la méfiance. Si vous aviez daigné me confier d'abord votre vrai nom...
le templier. — Comment ?
nathan. — Vous n'êtes pas un Stauffen.
le templier. — Qui suis-je donc ?
nathan. — Vous ne vous nommez point Curd de Stauffen.
le templier. — Quel est donc mon nom?
nathan. — Vous vous appelez Leu de Filneck.
le templier. — Comment?
nathan. — Vous êtes interdit?
le templier. — Ce n'est pas sans raison. Qui dit cela?
nathan. — Moi, qui pourrais vous en dire davantage, bien davantage : cependant je ne vous accuse point de mensonge.
le templier. — Non?
nathan. — Il est possible que ce nom vous appartienne aussi.
le templier. — Je devais le croire. C'est Dieu qui lui fait dire cela !
nathan. — Car votre mère était une Stauffen. Son frère, votre oncle qui vous a élevé, et à qui vos parents vous ont laissé en Allemagne, lorsque, ne pouvant supporter ce rude climat, ils revinrent en cette contrée, lui s'appelait Curd de Stauffen; il vous a peut-être adopté pour fils. Êtes -vous venu ici avec lui depuis longtemps? vit-il encore ?
le templier. — Que dois-je dire? — Nathan, cela est exactement vrai... il est mort. Je suis venu ici avec le dernier renfort de notre ordre. — Mais, mais — qu'est-ce que tout cela a affaire avec le frère de Recha?
nathan. — Votre père...
le templier. — Comment, vous l'avez aussi connu? lui aussi?
natiian. — Il était mon ami.
le templier. — Il était votre ami? Nathan, est-ce possible?
nàthan. — Il se nommait Wolf de Filneck; mais il n'était pas Allemand...
le templier. — Vous savez cela aussi?
nathan. — Seulement il avait épousé une Allemande, et ne fut que peu de temps en Allemagne avec votre mère.
le templier. — Arrêtez, je vous prie. Mais le frère de Recha, le frère de Recha?...
natiian. — C'est vous.
le templier. — Moi? moi, son frère?
recha. — Lui, mon frère ?
sittah. — Frère et sœur?
saladin. — Eux, frère et sœur?
recha, allant à lui. — Ah! mon frère !
le templier recule. — Son frère f
recha, s arrête et se retourne vers Nathan. — Gela ne peut être, cela n'est pas! Son cœur n'en sait rien! — Nous sommes des imposteurs! — Dieu!
saladin, au templier. — Des imposteurs? Comment? est-ce là ta pensée? Peux-tu penser cela? Imposteur toimême! tout est mensonge en toi; le visage, la voix, la démarche, rien n'est vraiment à toi. Ne pas vouloir reconnaître une telle sœur! Va!
le templier, s approchant de lui humblement. — N'interprète point à mal ma surprise, sultan. Dans une situation où jamais tu n'as vu ton Assad, ne méconnais pas lui et moi! {Il se retourne vivement vers Nathan.) Vous me donnez et vous me retirez à pleines mains, Nathan; — Non, vous me donnez encore plus que vous ne mutez! Oui, infiniment plus. (// se jette au cou de Recha.) Ah ! ma sœur! ma sœur!
nathan. — Rlanda de Filneck.
le templier. — P.landa! Rlanda! — Ce n'est plus Recha? ce n'est plus votre Recha? Dieu! vous la repoussez? Vous lui Pendez son nom chrétien? vous la repoussez a cause de moi? Nathan, Nathan, pourquoi en souffrirait-elle, elle?