ACTE I, SCENE IV
d'abord la décision du peintre? Au couvent celui qui veut apprendre de nous ce qui est beau t Cependant, s'il faut que je parle en artiste, je vous dirai que je regarde comme un des plus grands bonheurs de ma vie d'avoir eu Emilie Galotti pour modèle... Cette tète, ce visage, ce front, ces veux, ce nez, cette "bouche, ce menton, ce cou, cette gorge, cette taille, toute cette personne enfin, sont devenus mon unique étude, mon type de beauté. L'original que j'ai peint d'après elle est en la possession de son père; mais cette copie...
le prince, se retournant avec vivacité. — Cette copie, Conti, vous ne l'avez encore promise à personne?
conti. — Elle est à vous, mon prince, si vous y trouvez du goût.
le prince. — Du goût ! (En souriant.) Et puis-je mieux faire que d'étudier, ainsi que vous, cette peinture, comme le type de la beauté? Emportez l'autre portrait pour le faire encadrer.
conti. — Bien...
le prince. — Le cadre le plus beau que le sculpteur puisse faire; nous le placerons dans ma galerie. Celui-ci, je le garde : pour une simple étude on ne fait pas tant de façon; on ne le fait même pas suspendre... on aime mieux l'avoir sous la main. Je vous remercie, Conti; je vous remercie bien sincèrement... Et souvenez-vous de ce que je vous disais tantôt : « Dans mes États je veux que l'art ne cherche pas son pain, aussi longtemps que j'en aurai moimême. » Passez chez mon trésorier; faites-vous payer ces deux portraits... ce que vous voudrez... tout ce que vous voudrez, Conti.
conti. — Je commence à craindre, mon prince, que vous ne vouliez récompenser quelque chose de plus que l'art.
le prince. — "Vanité d'artiste! Eh! non sans doute: entendez-vous, Conti? et demandez tout ce qu'il vous plaira.
(Conti sort.)