‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 145 sur 442 · ACTE III; SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III; SCÈNE VIII

N'est-ce pas vous... qui, ce matin même, êtes venu dans ma maison chercher le comte?... vous... avec qui je l'ai laissé, qui avez eu avec lui une querelle?...

marinelli. — Une querelle? non, pas que je sache... Nous avons eu une discussion un peu animée touchant les intérêts du prince.

Claudia. — Ne vous appelez-vous pas Marinelli?

marinelli. — Le marquis Marinelli.

Claudia. — Soit... Eh bien, écoutez-moi, monsieur le marquis. Marinelli... ce nom de Marinelli... puis une horrible, malédiction... Mais non, ne calomnions pas celte noble créature. La malédiction n'est pas de lui, c'est moi qui l'ajoute; le nom de Marinelli est la dernière parole que le comte ait prononcée en mourant.

marinelli. — Qu'entends-je? le comte mourant? Vous le voyez, madame, c'est tout ce qui me touche dans ce que vous avez dit. Le comte Appiani mourant? c'est la seule de vos paroles que j'aie comprise.

Claudia, lentement et avec ex/wession. — Le nom de Marinelli est la dernière parole que le comte ait prononcée en mourant. Comprenez-vous, monsieur? Moi aussi, je n'ai pas compris d'abord; quoique, cette parole, il l'ait prononcée avec un accent, un ton... Dieu! je l'entends encore; comment n'ai-je pas compris tout ce qu'il voulait dire?

marinelli. — Quoi donc, madame? J'étais depuis longtemps l'ami du comte, son ami le plus intime. Et si en mourant il a prononcé mon nom...

Claudia. — Avec cet accent!... je ne saurais l'imiter, je ne peux pas en donner une idée : mais cet accent, il explique tout, il atteste tout. Non, ce ne sont pas des voleurs qui nous ont attaqués; ce sont des assassins, des assassins payés... Marinelli!... Marinelli!... C'est là la dernière parole du comte mourant, avec cet accent...

marinelli. — lié! madame, cet accent que vous avez entendu dans un moment d'épouvante... Prélendriez-vous, sur un tel indice, accuser un homme comme moi ?

Claudia. — Ahl si je pouvais le faire entendre aux

juges, cet accent!... Mais malheur à moi, j'allais oublier ma tille... -Où est-elle? Quoi!... est-elle morte aussi? était-ce la faute de ma pauvre fille si Appiani était ton ennemi ?

marinelli. — Je pardonne tout aux terreurs d'une mère... Venez, madame; votre fille est ici, dans la chambre voisine; sans doute elle est déjà remise de son effroi. Le prince lui-même s'occupe de la rassurer avec la plus tendre sollicitude.

Claudia. — Qui dites-vous?

marinelli. — Le prince.

claudia. — Le prince!... le prince lui-même? le prince de Guastalla?

marinelli. — Et quel autre?

claudia. — Tout est éclairci... Oh! la plus infortunée des mères I... Et son père... son père!... il maudira le jour de sa naissance... il maudira la malheureuse Claudia...

marinelli. — Au nom du ciel, madame, qu'allez-vons supposer?...

claudia. — C'est clair !... N'est-ce pas clair? Aujourd'hui même... dans le temple... au pied des autels... en présence du Tout-Puissant... ils ont commencé; tout h l'heure ils ont consommé le crime!... [Elle s'avance vers Marinelli.) Assassin! lâche!... infâme assassin!... Trop lâche pour assassiner toi-même, mais assez vil pour faire assassiner, afin de satisfaire la convoitise d'un autre!... Laisser assassiner!... Toi! toi! oh! le plus abject de tous les scélérats!... Des meurtriers loyaux ne voudraient pas de toi! Que ne puis-je mettre dans un seul mot tonte ma bile, toute l'écume de ma fureur, pour le le cracher au visage! — Vil entremetteur!

marinelli. — Vous rêvez, bonne femme. Mais modérez vos cris insensés; songez aux lieux où vous êtes.

claudia. — Les lieux où je suis!... Et qu'importe à la lionne dont on ravit les petits... dans quelle foret elle rugit!

Emilie, de l'autre côté de la scène. — Ah! ma mère... J'entends ma mère!

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