‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 147 sur 442 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

le prince. — Si cela était vrai... il n'y a plus de doute... il ijs! mort... assassiné... [D'un ton menaçant.) Marinelli... Marinelli!...

marinelli. — Eh bien, monseigneur ?

le prince. — Par Dieu, par le Dieu juste, je suis innocent de ce sang!... Si vous m'aviez dit d'avance qu'il en devait coûter la mort du comte, j'aurais plutôt sacrifié ma vie...

marinelli — Si je vous avais dit d'avance... Comme si la mort du comte avait été préméditée ! J'avais au contraire recommandé à Angelo, recommandé sur sa vie, qu'il n'y eût pas de sang répandu; aussi tout se serait passé sans la moindre violence, si le comte n'en avait pas donné l'exemple, mais il s'est permis de casser la tète à l'un de nos gens...

le prince. — Sans doute, il avait tort: il aurait dû comprendre la plaisanterie.

marinelli. — Angelo n'a pas su se contenir : il a vengé son camarade.

le prince. — Rien de plus naturel.

marinelli. — Je l'ai cependant sévèrement réprimandé.

le prince. — Réprimandé!... Que de bonté! Faites encore qu'il ne remette pas le pied dans ce pays, ma réprimande pourrait être moins amicale que la vôtre.

marinelli. — Très-bien. Angelo et moi, la faute et le hasard, c'est tout un. Je croyais qu'il avait été bien entendu, bien expressément expliqué, que je ne serais pas responsable des accidents qui pourraient survenir dans l'exécution.

le prince. — Des accidents!... Dites-vous qui pouvaient. ou qui devaient survenir?

marinelli. — Encore mieux. Cependant, monseigneur, avant que Votre Altesse m'exprime plus clairement encore le jugement qu'elle porte de moi, souffrez une réilexion, je vous prie. La mort du comte m'est plus que pénible. Je l'avais défié; il me devait une satisfaction que mon honneur offensé ne peut plus obtenir. Admettons que, dans d'autres circonstances, je pusse mériter vos soupçons : —

mais dans celles-ci? [avec une chaleur affectée.) Ah! celui qui pourrait croire une telle chose de moi!...

le trince, an peu radouci. — C'est bien, c'est bien.

mauinelli. — Plût au ciel que le comte vécût encore! Je donnerais tout au monde pour racheter sa vie, même [avec amertume) la faveur de mon maître, ce trésor inappréciable, et qu'on ne peut acheter trop cher.

le prince. — Je vous entends, il suffit. La mort du comte est un accident inattendu, tout à fait inattendu; vous l'assurez, je veux, le croire; mais d'autres que moi le croiront-ils encore? Le pcrsciaderez-vous à Emilie? à sa mère ? au public?

maeinelli, froidement. — Cela est peu probable.

le ntiNCE. — Et si le monde ne croit pas ce que vous dites, que croira t-il donc? Vous haussez les épaules? Il croira que votre Angelo a exécuté les ordres que j'ai donnés.

marinelli, plus froidement encore. — Cela est en effet très-vraisemblable.

le prince. — Et si je veux repousser loin de moi'cet horrible soupçon, je dois à l'instant même renoncer à tout projet sur Emilie.

marinblli, avec la plus grande indifférence. — C'était aussi ce qu'il vous fallait faire si le comte eût vécu.

le prince, d'abord arec chaleur, mais se remettant bientôt. — Marinellil Mais non, vous ne me ferez pas perdre mon sang-froid; parlons nettement, j'y consens. Vous voulez dire, n'esl-il pas vrai, que-la mort du comte est un bonheur pour moi, le plus grand bonheur qui pût m'arriver, puisque sa vie ('tait un obstacle insurmontable à mon amour. Et s'il en est ainsi, faut-il donc y regarder de si près? Un comte de plus ou de moins dans le monde, est-ce un si grand événement ? N'est-ce pas là ce que vous voulez dire. Marinelli? Eh bien, soit : quelques gouttes de sang ne sont pas une affaire. Mais il faut que ce sang soit versé dans L'ombre, qu'il profite à ceux qui l'ont versé; et ne voyez-vous pas, mon bon ami, qu'ici notre crime est public et inutile? La mort du conile laisse la place libre, mais m'en ferme l'approche; elle signale mon amour à l'exé-

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