SCÈNE III
LA COMTESSE ORSINA, MARINELLI.
la COMTESSE, sans voir d'abord Marinelli. — Qu'est-ce donc, personne ne vient à ma rencontre?... Un seul misérable valet qui semblait vouloir me défendre l'entrée!... Suis-je donc àDosalo; àDosalo, où naguère iafoule attentive se pressait autour de moi: où l'amour avec son joyeux cortège volait au-devant de mes pas?... Les lieux sont bien les mêmes; mais., mais... Ah! voici Marinelli. Je suis bien aise que le prince vous ait amené... Marinelli; non, cependant... Ce que j'ai à lui demander ne dépend que de lui seul... Où est-il donc?...
marinelli. — Le prince?... madame.
la comtesse. — Sans doute...
marinelli. — Vous comptiez trouver ici le prince?... vous savez qu'il est ici!... Mais, lui du moins, ne s'attend pas à la visite de la comtesse Orsina.
la comtesse. — Quoi! n'aurait-il pas reçu la lettre que je lui ai écrite ce matin?...
marinelli. — Votre lettre? En effet, je me souviens qu'il a parlé d'une lettre de vous...
la comtesse. Eh bien.... dans cette lettre, ne lui demandais-je pas de le voir aujourd'hui à Dosalo?... Il ne m'a pas répondu par écrit;... mais j'ai su qu'une heure après il était parti pour Dosalo... Cette réponse était assez claire; et... j'arrive...
marinelli. — C'est, en vérité, un étrange hasard...
la comtesse. — Que parlez-vous de hasard?... N'entendez-vous pas que nous étions d'accord?. .. Ma lettre donne le rendez-vous, il me répond en arrivant;... pouvons-nous mieux nous entendre? Qu'avez -vous donc, monsieur le marquis? pourquoi ces yeux surpris? De quoi s'étonne votre cervelle ? de quoi?
marinelli. — Hier encore, vous paraissiez si résolue à ne jamais revoir le prince...
la comtesse. — La nuit porte conseil... Où est-il ? Ga-
geons qu'il est dans la chambre où j'ai entendu du tumulte, des cris;... j'ai voulu y entrer, le coquin de valet m'en a fermé la porte...
marinelli. — Ma chère, ma bonne comtesse...
la comtesse. — J'ai entendu des voix de femmes;... qu'y a-t-il, Marinelli? Oh! parlez, parlez, .si je suis votre chère, votre bonne comtesse... Malédiction sur ces gens de cour!... autant de paroles, autant de mensonges... Mais. à quoi bon me le cacher? je le verrai bien...
marinelli, la retenant. — Et où allez-vous?...
la comtesse. — Où je devrais être déjà... Est-il bien convenable de perdre mon temps dans cette antichambre à échanger avec vous d'insignifiantes paroles, pendant que le prince m'attend dans son appartement?
marinelli. — Vous vous trompez, comtesse; le prince ne vous attend pas... Il ne peut 'pas,... il ne veut pas vous recevoir...
la comtesse. — Eh, n'est-il donc pas ici? n'y est-il pas venu d'après ma lettre?...
marinelli. — Il n'y est pas venu d'après votre lettre.
la comtesse. — Mais vous dites vous-même qu'il l'a reçue...
marinelli. — Il l'a reçue, mais... il ne l'a pas lue...
la comtesse, vivement. — Il ne l'a pas lue?... [moins vivement) il ne l'a pas lue!... [avec douleur, et essuyant ses yeux) il ne l'a seulement pas lue!...
marinelli. — Par distraction,... je le sais... non par mépris...
la comtesse, avec hauteur. — Par mépris 1... Et qui pouvait le penser?... qu'ai-je besoin de cette assurance?... Vous êtes un impudent consolateur, Marinelli... Du mépris I à moi du mépris!... à moi!... [Plus doucement, et s' attendrissant par degrés. ) Sans doute il ne m'aime plus... C'en est fait:... à la place de l'amour, un autre sentiment est entré dans son cœur;... cela devait être... Mais, pourquoi du mépris? Ne pourrait-ce être de l'indifférence; dites, Marinelli?...
marinelli. — Oh ! certainement...
la comtesse, avec dédain. — Certainement!... Voyez