‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 154 sur 442 · ACTE IV, SCENE V. i (J · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V. i (J

marinelli. — Qui entraîné? A quoi.'

la comtesse. — Oui, je l'embrasserais volontiers ce démon, quand ce serait vous-même, vous, Marinelli!

marinelli. — Comtesse Orsina!

la comtesse. — Venez ici... regardez-moi en face... tixez vos yeux sur les miens.

marinelli. — Eh bien?

la comtesse. — Ne devinez-vous pas ce que je pense?

marinelli. — Non, certes !

la comtesse. — N'êtes-vous pour rien dans tout ceci?

marinelli. — Qu'est-ce à dire?

lr comtesse. — Jurez! Mais non, ne jurez pas, ce serait un péché mortel de plus. Qu'importe, au reste, un péché mortel de plus ou de moins pour un damné; jurez donc, Marinelli, que vous n'y êtes pour rien.

marinelli. — Vous m'épouvantez, comtesse!

la comtesse. — Vraiment! Et votre bon cœur ne soupçonne-t-il rien?

marinelli. — Quoi encore?

la comtesse. — Bien; je vais donc vous l'apprendre... je vais vous confier un secret qui fera dresser vos cheveux sur votre tète... Mais ici, si près de la porte, on pourrait nous entendre; éloignons-nous. (Elle met son doigt sur sa bouche.) Écoutez-moi; je vous le dirai bien bas, bien bas... (-Elle s'approche comme pour lui parler à l'oreille, puis elle s'écrie d'une voix éclatante :) Le prince est un assassin !

marinelli. — Comtesse! comtesse!... avez-vous tout à fait perdu l'esprit ?

la comtesse. — Perdu l'esprit!... Ah! ah! ah! [Elle rit à gorge déployée.) Rarement, jamais peut-être, mon esprit ne m'a mieux servie qu'en ce moment, cela est certain; mais entre nous, Marinelli, le prince est un assassin, l'assassin du comte Appiani... Ce ne sont pas des brigands, ce sont les agents du prince, c'est le prince luimême qui Ta tué.

marinelli. — Comment un si monstrueux soupçon a-t-il pu venir sur vos lèvres', dans votre pensée?

la comtesse. — Comment?... Le plus simplement du monde. 'Celte Emilie Galotti qui, en ce moment, est enfermée avec le prince, cette Emilie Galotlti, dont le mari a dû se sauver si vite de cette lerre, c'est cette même jeune fille à qui, ce malin, le prince a longtemps parlé dans l'église des Dominicains; je le sais, mes espions les ont observés; ils ont aussi entendu ce qu'il luitlisait. Eh bien, mon bon seigneur, ai-je encore perdu l'esprit?... M'en resle-t-il assez pour assembler des idées, pour déduire des conséquences? ou pensez-vous que tout cela s'enchaîne aussi par hasard? En ce cas, pauvre Marinelli, lu comprends aussi mal la perversité du cœur que les voies de la Providence!

marinelli. — Comtesse, songez qu'il y va de votre tète!

la comtesse. — Si je trahis le secret, n'est-ce pas? Tant mieux, tant mieux ! Demain matin, sur la plus grande place, la ville entière m'entendra, et si quelqu'un ose me contredire, je lui dirai : tu es le complice de l'assassin... Adieu.

(En sortant, elle rencontre à la porte le vieux Galotti qui entre précipitamment.)

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