‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 171 sur 442 · COMÉDIE · texte numérisé non relu

COMÉDIE

MÏNNA DE BARNHELM

Merville, romancier et auteur dramatique, né en 1783 et mort sous la Restauration, avait écrit une traduction de Minna de Barnhelm pour la collection des Chefs-d'œuvre des théâtres étrangers. C'est cette traduction que nous reprenons ici, après lavoir soigneusement revue et corrigée.

Voici quelques lignes de la notice qui la précédait dans la première édition :

ii Au jugement d'Esehenburg, cette pièce est une des meilleures comédies de Lessing, et peut-être même du théâtre allemand en général. Profonde connaissance du monde et du cœur humain, vivacité, variété et naturel dans le dialogue, voilà ce qu'il y croit découvrir à chaque page. Nous ne partageons pas tout à fait cet enthousiasme : les caractères nous en paraissent généralement plus chargés que vrais, le dialogue plus trivial que comique ; les situations plus romanesques que dramatiques. Lessing, qui n'a étudié nos auteurs que pour les dénigrer, s'efforce cependant, dans cet ouvrage, de marcher sur leurs traces; mais il n'y réussit que dans les parties les plus faciles à imiter, la simplicité du sujet et la progression méthodique de l'action. Aussi aucun de ses ouvrages n'a-t-il pu être avantageusement transporté sur la açène française, si ce n'es! celui-ci, que Rochon de Chabannes y a mis

sous le titre de Minna et Teleim, ou les Amants généreux1. La pièce bien jouée dans le temps par Préville et Mole, obtint assez de succès. »

Le jugement contenu dans ces lignes nous paraît empreint de l'exagération que le traducteur reproche précisément aux opinions de Lessing, lorsque ce dernier prétend juger le théâtre français. Le comique de la pièce allemande est sans doute un peu gros parfois ; on ne voit pas l'utilité du rôle très-épisodique et fort ridicule du Français Ricaut de la Marlinière; enfin, le caractère résolu de Minna, jeune fille du meilleur monde, courant les chemins avec son oncle pour chaperon, il est vrai. — quand il ne reste pas en arrière) à la recherche d'un militaire qu'elle aime, — ce caractère a bien de quoi nous étonner un peu. Mais cela dit (et encore doit-on tenir compte, pouf apprécier la façon d'agir de Minna, de la liberté permise des sentiments et des allures en Allemagne), on ne saurait méconnaître les qualités de cette comédie qui semble un moment vouloir tourner au drame : entrain, vivacité et netteté remarquables du dialogue ; simplicité et clarté de l'action ; intérêt soutenu des caractères et du sujet. En voilà certes plus qu'il ne faut pour expliquer le succès de Minna de Barnhelm auprès du public et de la critique en Allemagne.

Ce major réformé, Massé si ruiné, qui montre un si noble caractère, déchirant le billet d'un débiteur et refusant les offres de service de son ancien maréchal des logis Werner, la perle des amis avec l'air d'un bourru ; ce galant homme désespéré qui repousse la main de Minna par délicatesse; puis, dès qu'il la croit à son tour dans le malheur et l'abandon, ne veut plus entendre parler de la quitter;

Minna, cette héroïne enjouée et sérieuse, pleine de creur, digne en tout du major, et le forçant de se déclarer en jouant le rôle de fille déshéritée ;

L'hôtelier, voleur, sournois et plat, qui va de l'un à l'autre, sans rien comprendre à ce qui se passe ;

Just , le domestique fidèle — et toujours grommelant — du major , le servant malgré qu'il en ait . et dévoué comme son propre caniche ;

Werner et Francisca, la suivante de Minna, commençant par se

4. Le sous-titre allemand porte : « Das Soldatengluck , » c'est-à-dire « La Fortune ou le Bonheur du soldat. » Le sous-titre de la traduction de Junker et Liébault, t le Bonheur militaire, » ne rend pas bien l'intention de l'auteur.

Page 1