ACTE I, SCENE II
l'hôte, au garçon qui apporte une bouteille et un verre.
— Donne. — Allons, monsieur Just, ceci* est excellent, fort, agréable et cordial. (// remplit le verre et le lui présente). Cela peut remettre un estomac malade.
just. — Eh bien, je ne devrais pas... Après tout, pourquoi ma santé payerait-elle pour sa dureté?
(Il prend et boit.)
l'hôte. — Grand bien vous fasse, monsieur Just!
just, rendant le verre. — Pas mauvais. — Mais, monsieur l'hôte n'en est pas moins un malhonnête.
l'hôte. — Eh non! eh non! Vite encore un petit verre . on ne va pas bien avec une jambe.
just, après avoir bu. — Il faut l'avouer, c'est bon, trèsbon. — Vous l'avez fait vous-même, monsieur l'hôte ?
l'hôte. — Dieu garde! Vrai Dantzick; fin et double Dantzick.
just. — Vois-tu, monsieur l'hôte, si je pouvais flatter, je le ferais, oui, pour quelque chose comme cela; mais cela ne m'est pas possible; il faut que la vérité sorte. — Tu es donc un malhonnête, monsieur l'hôte.
l'hôte. — Personne ne me l'a jamais reproché de ma vie. — Encore un petit coup, monsieur Just, toutes bonnes choses sont tierces.
just. — Volontiers. (// boit.) Bonne chose en effet, bonne chose. — Mais la vérité est aussi une bonne chose.
— C'est pourquoi monsieur l'hôte est un malhonnête. l'hôte. — Si je l'étais, vous écouterais-je de la sorte? just. — Certainement; un grossier est rarement fier. l'hôte. — Ne voulez-vous pas encore une petite goutte,
monsieur Just? Une corde à quatre tours n'en est que plus solide.
just. — Non, trop est trop. Et de quel secours cela te serait-il, monsieur l'hôte? Je persisterais dans mon dire jusqu'à la dernière goutte de la bouteille. Fi! monsieur l'hôte, d'avoir de si bon Dantzick et de si mauvaises façons ! — Un homme comme mon maître, qui a demeuré chez vous plus d'un an; dont vous avez tiré tant et de si beaux écus, qui de sa vie n'est resté en retard d'un sou; parce qu'il n'a pas payé exactement depuis deux mois,
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parce qu'il ne mène plus le même train, disposer de son appartement en son absence !
l'hôte. — Mais si j'avais eu absolument besoin de cet appartement? J'étais bien persuadé d'avance que M. le major l'eût lui-même cédé volontiers, si seulement il nous eût été possible d'attendre son retour. Me fallait-il donc laisser passer ma porte à une aussi bonne compagnie? Me fallait-il de gaieté de cœur faire empocher de si gros profits à un autre hôtelier? et encore ne crois-je pas qu'ils eussent trouvé à se loger. Tous les hôtels sont pleins en ce moment. Fallait-il qu'une dame si jeune, si jolie, si aimable, demeurât dans la rue? Votre maître est trop galant pour cela; et qu'y perd-il enfin? ne lui ai-je pas donné un autre appartement?
just. — Sur le derrière, près du pigeonnier, avec une vue sur les cheminées du voisin.
l'hôte. — Elle était superbe avant que ce traître de voisin se fût mis à bâtir. Du reste, la chambre est tapissée et très-bien meublée.
just. — Elle l'a été autrefois.
l'hôte. — Du tout; il y a encore un bon pan de muraille : et le cabinet attenant, qu'y manque-t-il, par hasard? Il y a une cheminée... Il est vrai qu'elle fume un peu en hiver.
just. — Mais elle est fort agréable en été, n'est-ce pas? Je crois, morbleu! que vous voulez encore nous railler par-dessus le marché.
l'hôte. — Allons, allons, monsieur Just !
just. — N'échauffez pas davantage la tète a M. Just, ou...
l'hôte. — C'est moi qui vous l'échauffé? c'est, parbleu! le Dantzick.
just. — Un officier comme mon maître! — A moins que vous ne croyiez qu'un officier en retraite ne soit pas un officier comme un autre, et qu'il ne puisse vous rompre le cou. Quand nous étions en guerre, vous vous montriez plus traitables, messieurs les hôteliers. Pourquoi alors un officier était-il un homme respectable, ot tout soldat un