ACTE II, SCÈNE II
minna. — J'ai appris que l'officier qui a été déplacé pour nous...
l'uùte. — Ce n'est qu'un officier réformé, mademoiselle.
minna. — Quand même! quand cela serait!...
l'hôte, continuant. — Lequel est au bout de ses ressources.
minna. — Ah! tant pis! C'est, dit-on, un très-digne homme.
l'uôte. — Je vous dis qu'il est réformé.
minna. — Le roi ne peut pas connaître tous les gens qui ont du mérite.
l'uùte. — Oh! que si. il les connaît! il les connaît tous.
minna. — Eh bien , il ne peut pas les récompenser tous.
l'uôte. — Ils seraient tous récompensés, si tous l'avaient mérité. Mais ces messieurs se conduisaient pendant la guerre comme si la guerre devait durer éternellement, et comme si c'en était fait à jamais du tien et du mien. Maintenant les auberges et les hôtels en sont tout pleins, et un hôte a diant rement à faire de se tenir sur ses gardes avec eux. Je m'en suis passablement tiré avec celui-ci; s'il était sur le point de manquer d'argent, du moins avait-il de ces choses avec quoi l'on en fait; et j'aurais pu le laisser encore- tranquille pendant deux ou trois mois, certainement. Mais mieux vaut le mieux. — Mais, mademoiselle, Votre Grâce se connaît sans doute en bijoux?
minna. — Pas excessivement.
l'hôte. — A quoi Votre Grâce ne se connaîtrait-elle pas ? — Il faut que je vous fasse voir une bague, une bague de prix. Assurément mademoiselle en a là aussi une bien belle au doigt! et plus je l'examine, plus je m'étonne de voir à quel point elle ressemble à la mienne. — Oh! voyez donc, voyez donc! {Tirant l'anneau de son étui, et le présentant à Minna.) Quel feu! le brillant du milieu pèse lui seul plus de cinq karats.
minna, l'examinant. — Où suis-je? que vois-je? cet anneau...
l'hôte. — Vaut quinze cents thalers de la main à la main .
2o<! N MINNA DE HARNHEL.M.
minna. — Francisca! regarde donc.
l'hôte. — Je n'ai pas hésité un instant à donner quatrevingts pistoles dessus.
minna. — Ne le reconnais-tu pas, Francisca?
francisca. — C'est lui-même ! ... — Monsieur l'hôte, où avez-vous eu cet anneau?
l'hôte. — Comment, mon entant, vous n'y avez aucun droit , j'espère.?
francisca. — Aucun droit à cet anneau, nous? — Le chiffre de mademoiselle doit se trouver dans l'intérieur de l'étui; (à Minna) montrez-le -lui donc, mademoiselle.
minna. — C'est lui! c'est lui! — Comment vous est venu cet anneau, monsieur l'hôte?
l'hôte. — A moi, de la façon la plus honnête du monde. Très-gracieuse, très-gracieuse demoiselle, j'espère que vous ne voulez me faire ni tort ni chagrin. Comment puis-je savoir d'où vient cet anneau? Pendant la guerre, plus d'un objet a très-souvent changé de main, au su ou à l'insu de son maitre. La guerre est la guerre; plus d'un anneau a passé les frontières de Saxe. Rendez-le-moi, mademoiselle, rendez-le-moi.
francisca. — Répondez d'abord : de qui le tenez-vous 1
l'hôte. — D'un homme à qui je ne supposais rien de semblable;, d'un honnête homme, du reste.
minna. — Ah! du plus honnête homme qu'il y ait sous le ciel,' si c'est de son véritable propriétaire que vous le tenez. Vite, amenez-le moi; c'est lui-même, ou du moins quelqu'un qui doit le connaître.
l'hôte. — Qui donc? qui donc, ma noble dame:'
francisca. — N'enlendez-vous pas? notre major.
l'hôte. — Major? Juste, c'est un major celui qui a occupé celle chambre avant vous. — C'est de lui que je le tiens.
minna. — Le major deTellheim?
l'uôte. — Oui, de Tellheim ? Le connaîtriez- vous?
.minna. — Si je le connais! il est ici? Tellheim est ici? Il a habité cette chambre? il vous a donné celte bague en gage? Comment se l'ail-i.l qu'il loi! dans un tel embarras? Où est-il? il esl voire débiteur? — Francisca. ma