ACTE III, SCENE II
francisca. — Où étais-tu, toi, quand le major vint en Thuringe passer chez nous son quartier d'hiver ? Tu n'étais pas encore à lui ?
just. — Si fait. Je le servais alors comme palefrenier; mais alors j'étais à l'hôpital.
francisca. — Palefrenier ? — Et qu'es-tu présentement?
jdst. — Tout à tout; valet de chambre et chasseur, coureur et palefrenier.
francisca. — Il faut que je l'avoue, éloigner tant de braves et dignes gens, et garder justement le plus mauvais sujet... Je voudrais bien savoir ce que ton maître trouve en toi?
minna. — Il trouve peut-être que je suis un honnête garçon.
francisca. — Oh ! ma foi, on n'est pas grand'chose quand on n'est que cela. Wilhelm était un autre homme. — Son maître le fait donc voyager ?
just. — Oui, parce qu'il ne peut pas l'empêcher.
francisca. — Comment ?
just. — Oh ! Wilhelm se fera beaucoup d'honneur dans ses voyages ; il a avec lui toute la garde-robe de son maître.
francisca. — Hé quoi ! il î.e s'est sans doute pas enfui avec ?
just. — On ne peut pas précisément dire cela; seulement, lorsque nous sommes partis de Nuremberg, il n'est pas venu nous rejoindre.
francisca. — Oh ! le fripon !
just. — C'était un homme celui-là ! ' 11 savait friser, raser, et conter fleurette; et plaire... n'est-ce pas?
francisca. — Si j'avais été du major, je ne me serais pas du moins défait du chasseur. S'il ne pouvait plus être employé comme tel, c'était un garçon fort habile. Auprès de qui donc l'a-t-il placé ?
just. — Auprès du gouverneur de Spandau.
francisca. — Du gouverneur de la forteresse ? La chasse ne doit pourtant pas être bien considérable sur des remparts.
264 MINNA DE BARXHELM.
just. — Il n'y chasse pas non plus.
francisca. — Qu'y fait-il donc?
just. — Il y traîne le boulet.
francisca. — Le boulet !
just. — Mais seulement pour trois ans. Il avait formé un petit complot clans la compagnie de mon maître, et voulait faire passer les avant-postes à six hommes.
francisca. — Cela m'étonne bien. Le misérable !
just. — Oh! c'est un très-habile garçon. Un chasseur qui connaît les bois et les marais, les sentiers et les détours à plus de cinquante milles à la ronde; et il tire !
francisca. — Il est heureux que le major ait encore son brave cocher.
just. — L'a-l-il encore?
francisca. — Il me semble que tu as dit que Martin était allé à cheval? il reviendra donc?
just. — Vous croyez ?
francisca. — Où est-il allé?
just. — Voilà seulement la dixième semaine qu'il est allé, avec l'unique et dernier cheval de mon maître... à l'abreuvoir.
francisca. — El il n'est pas revenu? Oh ! le pendardl
just. — Peut-être que le brave cocher s'est noyé d;ms l'abreuvoir. — Ah ! c'était un bien bon cocher. Il avait mené dix ans à Vienne. Mon maître ne retrouvera pas son pareil. Quand les chevaux étaient lancés de toutes leurs jambes, il n'avait seulement qu'à faire : brr !... Ils s'arrêtaienl aussitôt, immobiles comme des murailles. D'ailleurs, excellent vétérinaire !
francisca. — Je commence à être en peine de l'avancement du coureur.
just. — Non, non; il a ce qui lui convient. Il est tambour dans un régiment qui tient garnison.
francisca. — J'y songeais.
just. — Fritz s'était attaché à une fille perdue; il passait les nuits dehors, faisait toutes sortes de dettes sous le nom de son maître, el mille autres traits infâmes. Bref, le major vit qu'à toute force [indiquant, par un geste, l'action