ACTE IV, SCENE II
de me céder son appartement; car je suis étrangère, et ne savais où me loger.
riccaut. — Ah! voilà de ses politesses: c'est un très-y alant homme que ce major !
minna. — Où il loge maintenant.... vraiment je suis honteuse de ne le pas savoir.
riccaut. — Votre Grâce ne sait pas?... C'est dommage; j'en suis fâché.
minna. — J'aurais dû m'en informer. Ses amis continueront à venir le chercher ici.
riccaut. — Je suis fort de ses amis, Votre Grâce.
minna. — Francisca, ne le sais-tu pas?
francisca. — Non, mademoiselle.
riccaut. — J'ai bien besoin de lui parler. Je viens lui apporter une nouvelle dont il sera très-content.
minna — Je regrette d'autant plus... Cependant, je compte le voir bientôt; s'il était indifférent qu'il apprît cette nouvelle d'une personne ou d'une autre, je vous prierais, monsieur...
riccaut. — J'entends. — Mademoiselle parle français ? Mais sans doute, telle que je la vois! — La demande était bien impolie ; vous me pardonnerez, mademoiselle.
minna. — Monsieur...
riccaut. — Non; vous ne parlez pas français, Votre Grâce ?
minna. — Monsieur, en France j'essayerais de le parler; mais ici, à quoi bon? Je vois que vous me comprenez, monsieur: moi aussi, monsieur, je vous comprendrai certainement. Parlez comme il vous plaira.
riccaut. — Bon, boa ! je puis aussi m'expliquer en allemand. Sachez donc, mademoiselle... Votre Grâce saura que je sors de la table du ministre... ministre de... ministre de... Comment donc s'appelle le ministre... làbas? dans la grande rue ?.... sur la grande place?...
minna. — Je suis très étrangère dans cette ville.
riccaut. — Eh bien, le ministre de la guerre. — J'y ai dîné, je dîne à l'ordinaire chez lui. Or, on y est venu à parler du major Tcllheim; et le ministre m'a dit en confidence, car Son Excellence est de mes amis, et il n'y a point de
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mystères entre nous. — Son Excellence, dis-je, ma confié que l'affaire de notre major était sur le point de finir bien; il a fait un rapport au roi, et le roi a décidé là-dessus, tout à fait en faveur du major. — Monsieur, m'a dit Son Excellence, vous comprenez bien que tout dépend de la manière dont on fait envisager les choses au roi , et vous me connaissez. Cela fait un très-joli garçon que ce Tellheim, et ne sais-je pas que vous V aimez? Les amis de mes amis sont aussi les miens. Il coûte un peu cher au roi, ce Tellheim ; mais est-ce que Von sert les rois pour rien? Il faut s' entr' aider en ce inonde, et quand il s'agit de pertes., que ce soit le roi qui en fasse, et non pas un honnête homme de nous autres. Voilà le principe dont je ne me dépars jamais. Qu'en dit Votre Grâce? N'est-ce pas que c'est un brave homme? Ah ! que Son Excellence a le cœur bien placé ! Il m'a assuré au reste, que si le major n'avait pas encore reçu une lettre de la main... une lettre de la main du roi, il en recevrait infailliblement une aujourd'hui.
minna. — Assurément, monsieur, cette nouvelle sera très-agréable au major de Tellheim. Je souhaiterais seulement pouvoir lui apprendre en môme temps le nom de l'ami qui prend tant de part à son bonheur.
riccaut. — Votre Grâce désire savoir mon nom*? — Vous voyez en moi... Voire Grâce voit en moi le chevalier Riccaut de la Marlinière, seigneur de Prêt-au-val, de la branche de Brans d'Or. Votre Grâce est émerveillée d'apprendre que j'appartiens à une si grande, à une si grande famille, qui est véritablement cl" sang royal. Il faut le dire; je suis, sans doute, le cadet le plu* aventureux que la maison a jamais eu. Je sers depuis mes onze ans. Une affaire d'honneur m'obligea de prendre la fuite. J'ai depuis servi Sa Sainteté le pape, la république de San-Marino, la couronne de Pologne, les Provinces-Unies; jusqu'à ce qu'enfin je suis venu ici. Ah! mademoiselle, que je voudrais n'avoir jamais vu ce pays-là! Que ne m'a-t-on laissé au service des Provinces-Unies! je serais pour le moins colonel; mais ici, je suis toujours resté capitaine, et qui plus est, capitnint réformé.
minna — C'est bien malheureux.