‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 226 sur 442 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

riccaut. — Oui-, mademoiselle, me voilà réformé et par là mis sur le pavé.

minna. — Je vous plains beaucoup.

riccaut. — Vous êtes bien bonne, mademoiselle. Non, on ne sait pas reconnaître le mérite ici. Un homme comme moi, me réformer ! un homme qui s'est ruiné à leur service, encore! car tout cela m'a coûté plus de vingt mille liens. Qu'ai-je maintenant ? Tranchons le mot ; je n ai pas le sou, et me voilà exactement vis-à-vis du rien.

minna. — Cela me fait bien de la peine.

riccaut. — Vous êtes bien bonne, mademoiselle. Mais comme on dit : tout malheur a un frère à sa suite; qu'un malheur ne vient jamais seul; c'est ce qui m'arrive. Et quelle autre ressource que le jeu peut rester à un honnête homme de mon extraction? J'ai donc joué avec bonheur, tant que le bonheur ne m'a pas été nécessaire; à présent que j'en aurais besoin, mademoiselle, je joue avec un guignon qui surpasse toute croyance. Depuis quinze jours, il ne s'en est pas passé un seul où je n'aie été mis à sec; encore hier, cela m'est arrivé trois fois. Je sais bien qu'il y avait quelque chose déplus que le jeu. Car parmi mes pontes se trouvaient certaines dames... Je n'en veux pas dire davantage. Il faut être galant avec les dames, elles m'avaient encore invité aujourd'hui pour me donner revanche; mois... vous m'entendez, mademoiselle, il faut avoir de quoi manger avant d'avoir de quoi jouer.

minna. — J'espère, monsieur, que...

riccaut. — Vous êtes bien bonne, mademoiselle.

minna, tirant Francisco à Vécart. — Francisca, cet homme me fait vraiment pitié. Prendrait-il en mauvaise part que je lui offrisse quelque chose?

francisca. — Il ne m'en a pas l'air.

minna. — Fort bien, monsieur, je voisque... vous jouez, que vous tenez la banque ; sans doute dans des lieux où il y a quelque chose à gagner. Il faut que je vous avoue que moi... j'aime aussi beaucoup le jeu...

riccaut. — Tant mieux, mademoiselle, tant mieux ! Tous les gens d'esprit aiment le jeu à la fureur.

minna, continuant. — Que j'aime beaucoup à gagner et

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que je risque volontiers mon argent avec quelqu'un... qui sait jouer. — Seriez-vous disposé, monsieur, à m'associer et à m'aceorder une part dans votre banque ?

riccaut. — Comment, mademoiselle, vous voulez être de moitié? De tout mon cœur.

minna. — D'abord ce sera avec peu de chose.

(Elle va à sa cassette et y prend de l'argent.)

riccaut. — Ah! mademoiselle. q<e vous êtes charmante !

minna. — Voilà ce que j'ai gagné tout récemment : dix pistoles en tout. Je dois rougir d'être si peu...

riccaut, prenant. — Donnez toujours, mademoiselle, donnez.

minna. — Sans doute, monsieur, que votre banque est très-considérable?

riccaut. — Oui, oui, très-considérable. Dix pistoles! Votre Grâce sera pour cela interressir1 dans ma banque pour la troisième partie, pour le tiers. Il est vrai que pour un tiers il faudrait... quelque chose de plus; mais avec une jolie femme, il n'y faut pas regarder de si près. Je me félicite d'entrer par là en liaison avec Votre Grâce, et de ce moment je recommence à bien augurer de ma fortune.

minna. — .Mais quand vous jouerez, monsieur, je n'y saurais être.

riccaut. — Quelle nécessité y a-t-il que Votre Grâce y soit? Nous autres joueurs, nous sommes gens d'honneur entre nous.

minna. — Si nous sommes heureux, monsieur, vous m'apporterez ma part; mais si nous ne le sommes pas...

riccaut. — Alorsje viendrai chercher des recrues. N'estce pas, mademoiselle ?

minna. — A la longue les recrues pourraient bien manquer. Défendez donc notre argent, monsieur.

riccaut. — Pour qui Votre Grâce me prend-elle? Pour un sot? pour un pauvre imbécile ?

minna. — Pardonnez-moi...

1 . Riccaut parle par h. ornent un français quasi germanisé, dans l'intention <le se faire mieux comprendre. C'est pour cela qu'il dit interressir (il faudrait même interressirl), du v<rbe inlerrettirtn.

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