ACTE IV, SCÈNE V
le major. — Elle est mariée ?
la comtesse. — Je ne puis trahir son secret.
le major. — J'aurais mérité plus de confiance.
la comtesse. — Qu'il te suffise de savoir qu'elle est malheureuse, bien malheureuse. Toi, tu es à plaindre, mais elle mérite la pitié ! Sois généreux I
le major. — Je suis un homme, je dois me vaincre moimême. — Mais ne puis-je donc rien pour elle? Ma fortune, ma vie.
la comtesse. — On ne peut plus la sauver !
le major. — Hélas! j'ai cru que renoncer à elle serait le plus difficile, mais tu m'imposes un fardeau plus lourd.
la comtesse. — L'amitié ne peut qu'amoindrir ses souffrances.
le major. — Parle, que puis-je faire?
la comtesse. — Agir envers elle avec la plus grande délicatesse, ne lui parler ni de son malheur, ni de ton amour. — Silence! — On vient'.
4 . Voici la scène vin, d'un ton différent, traduite par Weiss d'après l'ancien texte : « La comtesse. En vérité, les amants s'imaginent que les autres n'ont ni faim ni soif, parce qu'ils ne vivent eux-mêmes que des suaves odeurs de la rose et des rayons argentés de la lune. A peine ai-je pris deux tasses de thé, que voilà déjà monsieur mon frère qui me fait appeler. Eh bien, en quoi puis-je vous servir, monsieur? — Le major. Peux-tu le demander ? As-tu parlé à Mme Millier ? — La comtesse. Oui. — Le major. Eh bien? — La comtesse. Rien. — Le major. Rien ? — La comtesse. C'est-à-dire que si mon frère ne cherche pas bientôt un autre port, il sera obligé de voguer toute sa vie dans le vaste Océan. — Le major. Est-elle mariée ? — La comtesse. C'est ce que je ne sais pas. — Le major. A-t-elle de la naissance? — La comtesse. C'est ce que je n'ose pis dire. — Le mnjor. Me regarde-t-elle avec répugnance? — La comtesse. Là-dessus, je suis obligée de me taire. — Le major. Bien ! Fort bien ! J'admire ton affection fraternelle. Elle est exemplaire. Heureusement je n'y ai pas beaucoup compté. J'ai même, depuis psu, retrouvé un ami qui, je l'espère, fera rougir ma sœur. — La comtesse. Un ami ! — Le major. Oui, un ami! L'étranger qui, ce matin, a sauvé la vie au comte, est mon ancien ami. — La comtesse. Comment s'appelle-1-il ? — Le major. C'est ce que je ne sais pas. — La comtesse. A-t-il de la naissance ? — Le major. «C'est ce que je n'ose pas dire — La comtesse. Viendra-t-il? — Le major. Là-dessus, je suis obligé de me taire. — La tomtesse. Tu es insupportable! — Le major. Quoi! Tu ne veux, pas entendre le da capo de ta composition ? »