Scènes IX et X (Julie Mole
prendrez vous-même qu'après ce qui s'est passé, nous devons nous séparer pour toujours.
eulalie. — Je le sais. Aussi ne suis-je pas venue pour demander pardon, je n'avais pas le moindre espoir d'obtenir votre pardon. Il y a des crimes qui déshonorent doublement si l'on peut avoir la pensée de les effacer. Tout ce que j'ose espérer, c'est d'entendre de votre bouche l'assurance que vous ne maudissez pas mon souvenir.
l'inconnu, ému. — Non, Eulalie, je ne te maudis pas.
— Ton amour m'a rendu si heureux en des jours meilleurs.
— Non, je ne te maudirai jamais!
eulalie, vivement émue. — Avec le sentiment profond que je suis indigne de votre nom, j'ai porté un autre nom inconnu, depuis trois ans. — Mais ce n'est pas assez. — Il vous faut un acte de divorcequi vous permette de choisir une femme plus digne — et Dieu vous bénirait dans ses bras! Pour cela il vous faut ce papier. Il contient par écrit la confession de ma faute.
(Elle le lui tend en tremblant.)
l'inconnu, le prend et le déchire. — Qu'il soit anéanti à jamais! — Non, Eulalie, toi seule tu as régné dans mon coeur, — je n'ai pas honte de l'avouer, — toi seule tu y régneras toujours. Ton propre sentiment te défend de profiter de cette faiblesse. — Et si cela était! — Par Dieu! celte faiblesse est soumise à mon honneur. Mais jamais une autre femme ne remplacera Eulalie.
eulalie, tremblante. — Il ne me resterait plus rien à faire qu'à vous dire adieu.
l'inconnu. — Attendez! Sans le savoir, nous avons vécu depuis quelques mois bien près l'un de l'autre. J'ai entendu conter beaucoup de bien de vous; vous avez un cœur tendre pour la misère des pauvres. Cela me fait plaisir. Il ne faut pas que vous manquiez de moyens pour satisfaire ce besoin, — vous même ne devez pas manquer du nécessaire. Ce papier vous assure une rente viagère de mille thalersj que le banquier Schmidt, à Cassel, vous payera chaque année.
eulalie. — Jamais! Le travail de mes mains doit me nourrir. Plutôt du pain sec arrosé des larmes du repentir,