‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 350 sur 442 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MADAME STAAR, SABINE.

madame staar. — Ma petite Sabine, les gâteaux sont sortis du four, des gâteaux délicieux ! ils le font honneur. Maintenant nous allons les garnir de Heurs et de branches

de myrte l, tu sais déjà pourquoi. Ce sera fête demain I Une fête superbe! — Mais tu es là comme un canari malade!

— Tu ne m'entends pas ? Qu'as-lu donc là ? sabine veut cacher le portrait. — Rien, grand'mère. madame staar. — Ah ! mais si ! C'était comme un étui à

lunettes ! Donne, donne, je veux l'avoir. sabine le donne. — C'est un portrait.

madame staar. — Un portrait? un portrait d'homme?

— Dieu me garde ! — Enfant, je ne veux pas croire... sabine. — Quoi donc?

madame staar. — Je fais du tapage dans la maison ! Je crie au feu.

sabine. — Pour l'amour du ciel, non, chère grand'mère. {Avec espièglerie.) Et s'il y a le feu, à quoi servent vos cris?

madame staar. — Quoi? Un homme étranger dans ta poche? Peut-être bien dans ton cœur?

sabine. — Eh ! Mais ce n'est qu'un homme sous verre et encadré !

madame staar. — Ouais! apprends-moi à connaître les hommes, ils sautent du cadre avant qu'on y pense ! — Nous voilà bien maintenant! Moi, je n'ai jamais voulu entendre parler de t'envoyer à la Résidence; moi, dans mon temps, j'ai été une jeune fille bien élevée, mais de la Résidence je ne savais rien de plus, sinon que Sa Majesté le roi y demeure! — Nous voilà bien lotis maintenant ! Elle a rapporté des portraits, des portraits d'hommes ! Malheureuse ! sais-tu seulement ce que cela veut dire? De mon temps personne ne faisait faire son portrait, s'il n'avait une position dans l'État ou s'il n'était marié au moins depuis dix ans. Mais alors on le faisait faire avec la gravité convenable, de grandeur naturelle, avec jabot, et un bouquet à la main. Voilà comment Ion grand'père, le noble Sous- Receveur des tailles, Dieu ait son âme! — se trouve encore derrière le garde-manger! Mais maintenant, — Dieu nous garde) les enfants se laissent peindre, les cheveux en désordre et le sein nu, et petit, si petit qu'on peut mettre la

]. En Allemagne le myrte sert à fuire les couronnes de mariées, comme les fleurs d'oranger en France.

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