‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 351 sur 442 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

chose dans une boîte aux épingles. Voilà d'où vient le mal. Les grands portraits se montrent franchement devant tout le monde ; mais les petits voleurs se glissent dans toutes les poches, ou, Dieu me pardonne mes péchés ! ou pendent sur le sein, suspendus à des rubans, à des chaînes! — Qui est cet homme ? parle ! vite !

sabine, interdite. — Chère grand'mère, vous vous fâchez sans raison.

madame staar. — Eh bien ! qui est-ce?

sabine. — C'est (à part). Que lui dire"? [Haut.) C'est le portrait de notre roi.

madame staar. — De notre roi?

sabine. — Ma cousine me l'a envoyé, parce qu'elle sait combien nous l'aimons tous.

madame staar. — Ah ! vraiment! alors c'est autre chose. Voyons, voyons, c'est là le roi. Depuis longtemps je désirais le voir. Mais il n'a pas son étoile.

sabine. — Il n'en a pas besoin pour briller.

madame staar. — Voyons, c'était une bonne idée de ta cousine. Écoute, Sabine, il faut que tu me donnes ce portrait. Je veux l'attacher à une épingle et le mettre sur mon bonnet.

sabine (à part.) Ah! Dieu!

madame staar. — Je te le prêterai à ton jour d'honneur. Ou déjà même demain, au jour de tes fiançailles.

(Elle le met dans sa poche.)

sabine. — Non, non, pas de fiançailles; plutôt ne le porter jamais!

madame staar. — Très-bien, Sabine ! fais la prude, verse quelques larmes, cache-toi; c'est convenable, je l'ai fait de même. Maintenant les jeunes filles regardent fixement leurs amoureux et parlent de fiançailles comme de la recette d'une tarie aux amandes. Tout au plus leur prend-il une faiblesse pendant le mariage.

sabine. — Mais moi, chère grand'mère, je ne joue pas la prude. Je ne puis souffrir ce monsieur Sperling. Il s'attache comme une bardane et il bavarde comme une pie. En un mot, c'est un fou.

madame staar. — Tiens, tiens ! Enfant, qu'est-ce que tu

dis là? gare à ta langue ! J'ai entendu plus d'une fille se moquer de son prétendu, qui plus tard était bien contente quand il voulait l'épouser encore.

sabine. — Plutôt rester vieille fille!

madame staar. — Hé! mon Dieu ! que peux-tu trouver à dire contre lui? N'a-t-il pas un titre élégant? N'est-il pas Monsieur le Substitut de l'Inspecteur des bâtiments, des mines et de la voirie?

sabine. — Cela m'est ('-gai.

madame staar. — Ses parents, n'élaient-ce pas d'honnêtes gens? Son grand'père même ;t siégé au Conseil.

sabine. — Tant que vous voudrez.

madame staar. — Tu trouveras tout de suite une grande parenté.

sabine. — Tant [tis!

madame staar. — Une foule de cousins et de cousines; l'un aide par ici, l'autre par là.

sabine. ■ — Oh! oui, toutes les semaines un repas de famille.

madame staar. — Très-bien. Tu ne resteras pas en arrière. Tu auras de beau linge, de quoi mettre le couvert pour dix-huit personnes. .Monsieur Sperling a de belle argenterie, il n'est pas pauvre non plus; un champ devant la porte de la ville et un tombeau à perpétuité en' l'église...

sabine. — Je voudrais qu'il y fût déjà.

madame staar. — Malheureuse enfant ! Voilà ton oncle, il va te dire quel gentil petit homme c'est «pie le Substitut de l'Inspecteur des bâtiments, des mines et de la voirie.

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