ACTE I, SCENE V
M. staar. — Tiens! tiens! j'espère bien que...
sabine. — Mon oncle va me secourir. Il a un cabinet de lecture et par conséquent il connaît le monde.
m. staar. — Oui, oui, je le connais.
Sabine. — Il a lu tous les romans nouveaux, par conséquent il connaît le cœur humain.
h. staar. — Oui, oui, je le connais.
sabine. — Il va vous dire combien de pauvres jeunes filles qu'on a contraintes au mariage sont mortes de phthisie.
h. staar. — Non, ma petite Sabine, non je ne tiens pas ces ouvrages-là. Les romans larmoyants sont passés de mode, je ne m'en sers que dans ma boutique. Il faut que ce soient des voleurs, des bandits !
madame staar. — Dieu nous en préserve !
m. staar, — Il y a à regretter seulement que nos poètes soient si peu patriotes et qu'ils éternisent toujours les Italiens. Nous avons bien un Kaesebirl un Sehinderhannes1, et tant d'autres grands hommes de sang allemand que je pourrais nommer.
madame staar. — Il y a dix ans, il y avait ce Laurent Schmeckebein, qui a été pendu à notre propre gibet.
m. staar. — Vous avez raison, ma mère. Entre nous, je suis en train de dramatiser sa vie. Sperlingfail les romances nécessaires. Ce n'est pas un mauvais poète; il sait surtout manier le sonnet avec une aisance, il faut qu'il ait des rimes, quand il devrait les tirer par les cheveux.
madame staar. — Entends-tu, petite Sabine, entends-tu ?
m. staar. — Ah ! c'est un petit homme accompli, ce Sperling; il a étudié l'esthétique moderne, il pourrait faire des cours publics lui-même.
madame staar. — Entends-tu, mon enfant, entends-tu :'
m. staar. — 11 jaillit de lui des sentences, l'abondance
4. De ces deux brigands fameux, le plus connu en France est le . de son vrai nom Jean Biickler, et dont le sobriquet signifie Jean '■ur; il fut exécuté à Mayence , en 1803, avec dix-neuf de ses complices, après avoir été la terreur des bords du Rbin.
des citations l'étrangle : je voudrais voir celui qui en ferait d'aussi étourdissantes que lui !
madame staah. — Eh bien, ma petite Sabine, eh bien?
m. staar. — En un mot, ma tille, il deviendra ton mari, mon neveu, mon héritier et mon associé dans mon cabinet de lecture. Et voilà, c'est dit.