SCÈNE TU
SABINE avec la perruque, LES PRÉCÉDENTS.
sabine. — Voici la perruque.
madame staar. — N'est-ce pas, mon fils, il est toujours convenu que demain nous célébrons les fiançailles de Sabine ?
le bourgmestre. — Naturellement. C'est un jour merveilleux.
madame staar. — La petite fait des objections.
le bourgmestre. — Quoi! Je suis le Bourgmestre et le Doyen, on ne me fait pas d'objections à moi.
sabine. — Cher père !
1 . Le bourgmestre emploie pompeusement ce mot latin, au lieu de dire comme le premier venu : « C'est une charge de \t\ bourgeoisie. » On verra plus loin d'autres exemples du même genre.
i 16 LA PETITE VILLE ALLEMANDE.
le bourgmestre. — D'abord le devoir, puis l'amour. J'appartiens à l'État. C'est à moi de glorifier une fête qui sera encore bénie par nos arrière petit-tils. (// met sa perruque) Entre la justice de notre bonne ville de Knehwinkel et le bailliage de Rummelsboarg il y avait de la difficulté : — on avait pris une voleuse; — nous voulions l'exposer au poteau, ceux de Rummelsbourg aussi, — nous voulions la battre avec des verges, ceux de Rummelsbourg le voulaient aussi. — Pendant neuf ans nous avons eu un procès — pendant ce temps la voleuse a été bien gardée. — Dieu merci! elle vit encore; — nous remportons la victoire et demain elle sera exposée au poteau.
sabine. — Mon cher père, la voleuse ne peut pas se trouver plus mal que moi.
le bourg.mestke. — Comment cela?
sabine. — Elle, quand elle aura accompli sa punition, elle sera libre. Moi, je ne suis pas criminelle, et demain on veut m' enchaîner pour la vie.
le bourgmestre. — Sois tranquille, mon enfant, le dieu païen Amour ou Hymen n'a que des chaînes de fleurs.
sabine. — Hélas ! souvent elles meurtrissent le cœur.
le bourgmestre. — Monsieur le Substitut de l'Inspecteur des bâtiments, des mines et de la voirie, Sperling, est un homme qui tient un rang dans la ville!
madame staab. — C'est ce que je lui ai dit.
le bourgmestre. — Il ne manque pas de judiciaire.
madame staar. — C'est ce que je lui ai dit.
le bourgmestre. — Il a de la fortune.
madame staar. — Ce sont mes propres paroles.
le bourgmestre. — Il écrit toutes sortes de compositions poétiques.
madame staar. — Vous parlez comme moi-même.
le bourgmestre. — En un mot, j'ai résolu d'en faire mon gendre, contre quoi il n'y a plus à faire aucune opposition dilatoire.
sabine, à part. — Hélas t tout le monde s'est donné le mot contre moi.