‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 364 sur 442 · ACTE I, SCENE XIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE XIII

presque en chemise, à chanter ma prière du matin et à peigner mon carlin. Au troisième vers, votre servante entre tout à coup; mon Dieu! j'ai cru que la maison était en flammes. Je saute de ma chaise, le carlin tombe de mes genoux, mon livre de cantiques dans le réchaud où je chauffe mon café, le café coule sur le charbon, et voilà les deux premiers versets du cantique. Eveille-toi, mon cœur, et chante, brûlés !

madame staàr. — Je suis vraiment fâchée, chère cousine...

madame morgenroth. — Cela ne fait rien. Je sais déjà tout. Là-bas, dans la carrière, il y a trois ou quatre princes, l'un est mort et l'autre vit à peine. Le cocher s'est cassé le cou, et les chevaux sont étendus les quatre fers en l'air. ML l'avoué Balz l'a entendu de sa cuisinière, celle-ci le sait par madame l'inspectrice de la loterie, à qui le barbier de son mari l'a raconté tout au long.

madame staar. — Eh bien, eh bien, ce n'est pas tout à t'ait aussi dangereux. Il y a ml petit bout de temps qu'un paysan de Rabendorf est venu...

madame brendel. — Je sais, il a eu un thaler comme pourboire.

madame morgenrotu. — Non pas, ma cousine, c'était un louis d'or.

madame staar. — Il avait couru tant qu'il avait pu...

madame brendel. — On dit qu'il a eu un point de côté.

madame morgenrotu. — Et que le nez lui a saigné.

madame staar. — Un noble étranger a eu sa voiture cassée.

MADAME BRENDEL. — Ull COlllte...

madame morgenrotu. — Quelques princes...

madame staar. — Nous ne le savons pas encore. Il faut que ce soit un homme de qualité, car il ne loge pas au Chtàd'Or, mais chez nous, sur la demande spéciale du ministre. Comme mon fils le Bourgmestre et Doyen représente le premier personnage de la ville, vous comprenez qu'il faut faire honneur à son rang.

MADAME BHENDEL. — Ull dillCl' à l'Hôtel de ville...

■'toO LA PETITE VILLE ALLEMANDE.

madame morgenroth. — Une fête chez la corporation des arquebusiers.

madame staar, — C'est demain la grande fête, comme vous savez.

madame brendel. — Ali! oui, la femme qui a volé une vache il y a neuf ans...

madame morgenroth. — Demain, elle sera exposée au poteau. Je m'en réjouis énormément.

madame brendel. — Je me suis fa i i faire une robe ronde * pour cela.

madame staar. — On a déjà fait des préparatifs pour cette fête. Mais aujourd'hui l'honneur de la ville repose sur nous seuls; il faut que nous donnions à dîner, et, avec l'aide de Dieu, c'est ce que nous allons faire. Il faut que les tables se courbent sous les cadeaux du bon Dieu. Mes bien chères cousines sont invitées avant tout.

madame brendel. — Un grand honneur pour moi.

madame morgenroth. — Je n'y manquerai pas.

madame staar. — Mais je désire que cet étranger fasse la connaissance des notables de notre ville. J'ai donc voulu recourir à vos conseils pour savoir qui l'on pourrait encore inviter.

madame brendel, réfléchissant. — Eh bien, je pensais...

madame morgenroth. — Peut-être que...

madame brendel. — Monsieur le Commissaire des passeports et de la douane rurale ■ Kropf...

madame staar. — Non, ma cousine : le jour de fête tic sa mère, il a donné un dîner, et il ne nous a pas invitées.

madame brendel. — Ah ! bien !

madame morgenroth. — , Peut-être monsieur le Secrétaij^c Surnuméraire du bureau des finances, Wiltmann?

madame brendel. — Non, ma cousine : feu mon mari a ou un procès avec son beau-père, à cause d'une gouttière.

madame morgenroth. — Ah! c'est autre chose.

1. Mot transcrit en allemand sous sa forme Française; espèce de robe sans qnenc, qui se portait avec ou sans panier.

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