ACTE IV, SCÈNE II
olmers. — Oui, ce n'est que de la pacotille pure, rien que des brigands, des bandits, des poésies romantiques et des almanachs religieux!
Sabine. — Qu'est-ce que cela vous fait? Nous croyons avoir du goût. Nous sommes au-dessus des natures ordinaires. Nous ne lirons plus Wieland et Engel.
olmers. — Eh bien, demain je vais louer ces puissants génies plus qu'eux-mêmes ne le font.
sabine. — Gela vons sera difficile, mais essayez-le toujours.
olmers. — Pour vous posséder, je tenterais l'impossible.
sabine. — Avec tout cela, vous n'arriverez pas encore au but. Il vous manque la chose principale.
olmers. — Quoi donc?
sabine. — Un titre, mon ami, un titre. Sans titre, vous n'arriverez à rien à Krœhwinkel. Ici, morceau de cuir frappé vaut mieux qu'or non frappé l. Le titre est aussi l'anse par laquelle un homme offre prise; sans litre, on ne sait comment le saisir. Ici l'on ne demande pas : « A-t-il de l'éducation? A-t-il du mérite? » Mais : « Quel est son titre?» Celui qui n'a pas douze à quinze syllabes devant son nom n'a pas le droit de parler, quand bien même il saurait le faire dix fois mieux. On se couche avec le titre, on descend dans la tombe avec lui, et on nourrit la douce espérance qu'au jour du dernier jugement plus d'un joli titre va sortir de la dernière trompette. En un mot, mon beau monsieur, sans titre vous ne m'aurez pas. Ma grand' mère ne permettra jamais qu'à la publication des bans le pasteur n'ait rien autre chose à dire que : « Le fiancé est M. Charles Olmers. »
olmers. — Mais si j'avais déjà un gentil petit titre?
sabine. — Vous l'avez? mais alors plus d'obstacle! Que ne le disiez-vous tout de suite %
olmers. — Mais je ne savais pas... '
sabine. — Tiens! mais vous auriez dû le savoir. Croyezvous que la peste des titres ne règne que chez nous? C'est
1. C'est-à-dire un parchemin imprimé, un diplôme, vaut mieux, etc.
partout comme chez nous1. — Silence! J'entends du bruit. C'est la fenêtre de la mansarde de Sperling. Est-ce qu'il nous aurait écoutés?